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Joelle Dussault : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’analyse féministe des pratiques en santé met en lumière la prégnance de la division sexuelle du travail, reproduisant dans les métiers liés au domaine de la santé et des services sociaux une organisation genrée des tâches et de la reconnaissance qui y est attribuée (Acker, 1990; Briskin, 2012, Boivin, 2013). Les études sur le travail salarié de care (Molinier, 2013; Barbe et Bourque, 2019) signalent à cet effet l’influence de cette division sur les conditions de travail et la difficulté d’agir sur ces dernières. La présentation analyse de quelles manières les effets de l’institutionnalisation de la division sexuelle du travail dans les professions du milieu de la santé et services sociaux sont contestés via l’action collective des professionnel·le·s associées au travail de care.
L’analyse de 50 entretiens auprès de professionnel·le·s en soins infirmiers et en travail social effectués entre juillet et décembre 2020 démontrent que la division sexuelle du travail salarié dans le milieu de la santé cadre les opportunités de passage à l’action, à la fois individuelle et collective, des professionnel·le·s. Les revendications, quant à elles, résultent, volontairement et involontairement du manque de reconnaissance du travail de care.
Ce colloque rassemble des contributions issues des études féministes de la santé. L’espace politique de la santé ne cesse de croître et de déployer ses effets, notamment en ce qui concerne les normes de genre et de sexualité. Les recherches féministes sur cet espace prennent en compte les rapports de pouvoir qui le traversent en s’intéressant à la façon dont les savoirs et les pratiques de santé sont institués et instituent des normes de genre, ainsi qu’à la façon dont l’expérience de soin et les ressources en santé sont façonnées par les rapports sociaux de sexe et d’autres rapports de pouvoir, tels ceux de classe et de race. Ce colloque réunira des contributions qui s’interrogent sur les enjeux féministes des pratiques, des politiques et des savoirs de la santé.
Nous avons invité les contributions à travailler de manière critique la notion de santé et à prendre en compte les processus sociaux, politiques, scientifiques et professionnels qui produisent les définitions et les pratiques de la santé. Pour saisir l’emprise globale de la santé comme champ d’expertise, comme terrain de pratiques et comme valeur culturelle, les travaux peuvent porter sur les soins et l’organisation du travail de santé, y compris la santé publique et la santé mentale, sur les pratiques alternatives de santé, sur les mobilisations, notamment féministes, en lien avec la question de la santé, sur les controverses et les résistances aux institutions de santé, de même que sur la diffusion des discours sur la santé (y compris mentale) en dehors du champ traditionnel de la santé (médias, groupes de femmes, de patient.e.s, etc.). Les communications articulant ces enjeux autour de la période actuelle de pandémie sont également bienvenues. Nous considérerons les contributions de toute discipline, mais attendons des contributions qui usent des sciences sociales comme d’un outil de déconstruction des évidences prétendues naturelles qu’on associe à la notion de santé ainsi qu’à la notion de sexe biologique.
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