Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Emmanuelle Parent : Université de Montréal
Entre les concepts de temps-écran et de bien-être, la prévention aux méfaits du numérique auprès des adolescentes et adolescents comporte ses limites. Bien que l’approche nuancée et la stimulation de l’esprit critique chez les jeunes fassent ses preuves, les solutions mettant de l'avant l’autorégulation tiennent peu compte du collectif et des conditions socio-économiques du numérique. Plus particulièrement, les réseaux sociaux sont des espaces normés dont les aspects sociotechniques gagneraient à être pris en considération pour réfléchir à leur impact sur le bien-être.
Mobilisant les concepts de deep mediatization, de normes sociales en communication et des mécanismes des plateformes dont la datafication, cette communication présente un projet doctoral à méthodologie qualitative qui est amorcé. On y propose de réfléchir à la manière dont l’utilisation des réseaux sociaux chez les ados est coconstruite par les normes sociales et l’interface des plateformes bâtie sur l’économie de l’attention. En mettant la parole des adolescentes et adolescents de l’avant, on y analyse des extraits d’entrevues afin d’explorer comment cette approche conceptuelle peut contribuer à expliquer des phénomènes comme le stress, l’anxiété sociale et les difficultés à déconnecter.
Finalement, on présente quatre avenues pour intégrer les approches communicationnelles et la responsabilité des plateformes aux discussions sur le bien-être numérique chez les jeunes.
Au Québec comme ailleurs, la culture numérique caractérise désormais notre quotidien, et marque particulièrement celui des enfants et des adolescents (Fluckiger, 2014). À la suite d’une enquête menée auprès de parents, il est estimé que les jeunes âgés de 12 ans et plus consomment en moyenne 7,47 heures par jour de contenu numérique (Rideout, 2015). Considérant la particularité de leur développement sur les plans socioaffectif et identitaire, la relation au numérique des enfants et des adolescents est vue comme une caractéristique sociale incontournable et un objet d’étude nécessaire.
La construction d’un portrait critique et nuancé de l’environnement numérique s’impose donc comme un enjeu de bien-être chez les enfants et les adolescents. Or, cette démarche fait face à des défis méthodologiques considérables (Collin, Guichon et Ntebutse, 2015). D’une part, l’omniprésence du numérique et l’évolution rapide de ses usages en font un objet d’étude difficile à saisir (Wilmer et coll., 2017). D’autre part, la grande diversité d’usages au sein même de la culture numérique est une composante peu explorée (Collin, 2017). Enfin, la pluralité des méthodes employées dans la production de connaissances, additionnée à un accès et à un usage inégalitaires du numérique dans la population, limite considérablement la portée des conclusions actuelles.
Enfin, à ces importantes limites à la connaissance se présente le défi de formuler des recommandations et des stratégies justes et balancées à l’égard du numérique. Cette problématique est d’autant plus saillante que le ministère de l’Éducation a lancé, cette année, le Cadre de référence sur la compétence numérique pour les élèves et les étudiants, répondant par ailleurs à la Stratégie de transformation numérique du Québec. Ainsi, alors que de nombreux acteurs sociaux tentent de mieux encadrer le numérique dans la vie des jeunes, la formulation d’un état des lieux critique et nuancé constitue une visée de plus en plus nécessaire.
Titre du colloque :
Thème du colloque :