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Agata Mozolewska : Université de Montréal
J’interroge à la fois l’œuvre de Patrick Modiano et celle de Régine Robin en ce qu’elles explorent les lieux urbains, les lieux de la mémoire individuelle et collective hantés par l’Occupation.
Déambuler à travers la ville, habiter et traverser Paris est un prétexte pour visiter le passé et pour enquêter sur les vies disparues. Laisser venir les souvenirs, c’est aller à travers la ville et l’écrire.
Les deux auteurs sont hantés par la mémoire et notamment celle que referment certains lieux urbains (les rues, les appartements, les bistrots par exemple), lieux avec leurs traces plus ou moins empoussiérées. Ainsi, la question de la mémoire reste chez Modiano comme chez Robin intrinsèquement liée à celle de l’habitat, du lieu où la trace ne devient visible finalement qu’ « au fil de l’écriture ». Leurs personnages ont cette « pulsion archivistique », cette tendance aussi à vouloir à tout prix remplir les vides de ces lieux comme les blancs des pages. Le hasard qui, chez Modiano tout particulièrement, n’est qu’un « faux » hasard les amène sur les chemins parfois inattendus leur permettant de faire les liens, de dépoussiérer les empreintes enfouies, de retrouver les pistes et les fragments de souvenirs.
Robin et Modiano partagent ce même « désir d’écriture », cette même « prolifération d’existence ». Leurs nostalgies « ne se laissent pas apprivoiser » et la peur de l’oubli les pousse à déambuler devenant la ligne de départ de l’écriture.
Le colloque « Interroger la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine » portera sur la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine, ceci dans une perspective transmédiatique. Seront donc prises en considération les analyses d’œuvres littéraires, mais également cinématographiques, vidéoludiques, bédéiques et télévisuelles.
Le terme « habiter », suivant Heidegger (1993 [1951]), constitue une caractéristique fondamentale de l’être, une « “poétique” du monde qui questionne l’être de l’habitation humaine » (Lussault, 2007, p. 41). À la suite de Dardel (1990), l’habiter se voit articulé en termes de géographicité, soit comme le produit de la relation de l’humain à la terre; une relation comprenant à la fois un ensemble de pratiques et une conscience singulière de la nature et de l’espace (Dupont, 2008). Naît ainsi une approche « onto-géographique » de l’habiter rendant compte de la projection de l’humain dans l’espace (Lévy et Lussault, 2003), mais aussi un habiter comme acte d’appropriation de l’espace : il est alors question de pratiques habitantes (Rosselin, 2002), soit de manières — comportements, fréquentations et usages — d’être aux lieux (Fries-Paiola et De Gasperin, 2014) ou encore, dans une perspective certalienne, de « faire avec l’espace », soit des usages se rapportant non plus à la manière dont on arrange l’espace, mais à la manière dont on s’arrange de l’espace (Duret, 2019).
L’habiter peut également être considéré comme un co-habiter. Il est alors question de la dimension spatiale de la socialité ou encore de la dimension collective de l’habiter. Il se rapporte alors aux configurations des relations de coexistence des individus en société, l’espace social étant entendu comme un être-ensemble dans un milieu humain et en fonction de celui-ci.
D’abord pensé par les philosophes au cours du 20e siècle, le concept de l’habiter a essaimé depuis dans les sciences humaines et sociales, en particulier en anthropologie, en géographie, en sociologie et en urbanisme, au point de devenir un concept essentiel dans les disciplines concernées par les questions de spatialité ces deux dernières décennies. Récemment, plusieurs perspectives d’analyse se sont penchées sur la représentation de l’habiter dans les œuvres de fiction, telles que la géocritique, l’écocritique et, plus récemment, la mésocritique, dont elle constitue l’objet d’étude privilégié.
En considération de cela, ce colloque a pour objectif de montrer comment la fiction contemporaine envisage l’expérience du milieu urbain — et plus précisément l’expérience de la ville considérée à l’échelle de la métropole ou de la mégapole — par ses habitants et habitantes ou, en d’autres termes, comment la fiction contemporaine représente l’habiter et les pratiques habitantes au sein de la ville.
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