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Pierre-Alexandre Fradet : Cégep de Saint-Laurent
La publication de la Critique de la raison pure de Kant a eu pour effet notoire de reléguer aux oubliettes toute connaissance de la chose en soi. Tandis que les dogmatiques prékantiens s’étaient prononcés sur les objets transcendants les plus divers (Dieu, les anges, la Trinité) en commettant l’erreur de ne pas interroger leur mode d’accès, les héritiers du criticisme ont condamné sans appel tout discours sur l’en-soi. Or, l’un des gestes les plus singuliers des réalistes spéculatifs contemporains (Quentin Meillassoux, Graham Harman, Iain Hamilton Grant et Ray Brassier) est de proposer une alternative à ces options en tentant de démontrer qu’on peut connaître la chose en soi. L’objectif de la présente conférence sera de mettre en rapport certaines idées de Meillassoux et différentes thèses défendues par un Charles De Koninck (1906-1965), afin de montrer que ce qui avait été rendu invisible par la philosophie kantienne, l’accès à l’en-soi, se trouve réhabilité non seulement par la pensée spéculative de Meillassoux, mais aussi et surtout – ce qui est plus original – par un philosophe québécois lui-même trop invisibilisé aujourd’hui.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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