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Roxane Meilleur : Université de Sherbrooke
Au Québec, les formes de recherche valorisant l’engagement des citoyens bénéficient d’une visibilité grandissante (FRQ, 2019). Parmi celles-ci, la recherche partenariale implique que des partenaires s’engagent dans la réalisation d’un objectif partagé en utilisant leurs ressources respectives (Gillet & Tremblay, 2017). Il s’agit d’un outil pour reconnaître les savoirs – voire contribuer à l’émancipation – des acteurs du terrain et des populations marginalisées. À la fois agent de changement et co-producteur de connaissances, le chercheur est alors appelé à utiliser son expertise. Cependant, les croyances négatives associées à l’expertise peuvent alimenter une peur de l’ingérence chez le chercheur, et ce, au détriment de la prise de pouvoir des partenaires. Dans cette communication, nous postulerons que cette peur constitue un obstacle à l’utilisation effective de l’expertise du chercheur pour accompagner les processus de recherche et d’émancipation des communautés. Cette position sera illustrée à partir de deux recherches partenariales : 1) une recherche-intervention sur l’inclusion en emploi des personnes en situation de handicap invisible et 2) une recherche collaborative sur le développement de la participation citoyenne des locataires en HLM. Ces illustrations seront mises en dialogue avec le modèle de coopération de St-Arnaud (2003); modèle issu de la psychologie organisationnelle axé sur l’équilibre du pouvoir et la mise en valeur des champs de compétence respectifs.
L’idée de rapprocher le monde universitaire du monde social fait son chemin depuis quelques décennies sous l’impulsion de critiques à l’égard du fossé constaté entre eux (Desgagnés, 1997). Ces critiques et des avancées méthodologiques ont amené des chercheu.rs.ses, issus de disciplines variées, à définir des dispositifs participatifs, par exemple en santé où la collaboration avec les bénéficiaires est vue comme l’une des conditions permettant d’assurer que la recherche menée est pertinente et utile aux patient.e.s touchés (IRSC, 2019). Mais cette participation est parfois devenue une injonction, entre autres de la part des organismes subventionnaires qui privilégient de plus en plus des programmes qui valorisent la collaboration entre chercheurs et acteurs de terrain. Même si les recherches participatives visent la reconnaissance d’une pluralité de savoirs issus tant de la pratique que de la recherche (Morrissette, 2013), dans une perspective critique, la nécessité de collaborer peut soulever des questionnements sur les rapports de pouvoir dans les interactions en recherche, sur les inégalités potentielles dans la reconnaissance de l’apport des divers acteurs et sur l’influence des compétences de ces derniers à s’affirmer et à prendre la parole au cours des moments de collaboration (Doucet et Dumais, 2015).
Ce point de vue critique est d’autant plus nécessaire au regard des dispositifs de recherches qualitatives qui vont plus loin en visant le changement chez les participant.e.s, dans les organisations et au sein des gouvernements, en l’occurrence des recherches à visées transformatrices et émancipatoires. Il s’agit alors, pour toutes les personnes concernées par de telles recherches, de travailler à la transformation des conditions sociales en jeu et au développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (Stetsenko, 2016).
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