pen icon Colloque
quote

De « Indien » à « Autochtone » : évolution de la désignation des membres des Premières Nations et des Inuits par les groupes dominants au Québec du 19e s. à aujourd’hui

ME

Membre a labase

Mireille Elchacar : Université TÉLUQ

Résumé de la communication

Lorsque des mouvements sociaux mettent de l’avant des populations marginalisées et leurs revendications, cela peut s’accompagner d’un changement de dénominations, voire de dénominations nouvelles. Depuis les années 2000, on a par exemple vu naitre les néologismes antimondialiste et altermondialiste, ou ceux de la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre (LGBT et ses variantes, queer, trans, etc.). Le choix de l’appellation relève d’une tentative d’acquisition de capital symbolique et de reprise de pouvoir (Bourdieu 2001). L’objectif est que les groupes aient un certain contrôle sur la manière dont ils seront désignés – voire présentés – dans les médias et ultimement auprès de la population générale (Boutet 2016).

Nous nous intéressons aux dénominations des peuples autochtones au Québec par les allochtones au fil du temps. Si l’appellation Indien semble aujourd’hui offensante car inexacte, elle est toujours présente dans les textes de loi. Elle a progressivement cédé la place à Amérindien, encore en usage jusqu’à très récemment, alors qu’Autochtone tend aujourd'hui à s’imposer. Nous souhaitons dresser un panorama des appellations utilisées dans trois corpus à travers le temps : 1) un échantillon de manuels d’histoire du Canada et du Québec; 2) des textes de lois; 3) des glossaires et dictionnaires publiés au Canada francophone. Il s’agira d’une première incursion vers une analyse sociolexicologique (Laurian 2003) de ces appellations.

Résumé du colloque

La langue sert tantôt de terrain de jeu, tantôt de champ de bataille aux différents mouvements qui animent une société. Pensons à la concurrence récente entre autrice et auteure (dont l’usage était jusqu’alors plus fréquent au Québec), qui a provoqué un débat sur les procédés linguistiques de féminisation et sur les enjeux de visibilisation des femmes dans la langue. Dans une autre perspective, l’emploi de bonjour-hi dans les commerces montréalais et la concurrence de take-out et pour emporter récemment évoquée sur Twitter par l’Office québécois de la langue française ont entraîné des débats qui ne portaient pas sur les mots eux-mêmes, mais sur le statut du français par rapport à l’anglais dans la société québécoise. Par ailleurs, des débats n’ayant pas pour origine un objet linguistique peuvent aussi faire une large part à langue. Prenons l’exemple des discussions sur le racisme systémique, qui ont rapidement fait état d’une incompréhension de l’expression de la part de certaines personnes et où le sens de racisme (par rapport à discrimination) et de systémique (par rapport à systématique) a été abondamment discuté. De même, l’emploi d’inconduites sexuelles dans la foulée du mouvement #MeToo a suscité de nombreuses réactions de la part de personnes jugeant que l’expression contribuait à la banalisation des gestes posés.

Ces exemples illustrent le pouvoir des mots (Boutet, 2016) et les enjeux qu’ils sont susceptibles de soulever. De tels débats sont fréquents dans l’espace public et ils trouvent écho chez différents acteurs sociaux, qu’il s’agisse de personnalités politiques, de groupes militants, de chercheuses et de chercheurs, de journalistes ou du grand public. Que les discours produits soient associés aux discours d’autorité (Monte et Oger, 2015) ou aux discours dits profanes ou populaires (Achard-Bayle et Paveau, 2008), ils participent au débat social. Ce sont ces discours sur les mots moteurs de polémique qui seront au cœur de ce colloque. L’objectif est de réunir des spécialistes de la langue qui, s’inscrivant dans différentes approches (discursives, sociolinguistiques, historiques, lexicographiques, sémantiques, etc.), se pencheront sur ces discours de manière à apporter un éclairage linguistique aux échanges suscités.

Références

Achard-Bayle, Guy et Marie-Anne Paveau (réd.) (2008), Linguistique populaire ? numéro thématique de Pratiques. Linguistique, littérature, didactique, nos 139-140.
Boutet, Josiane (2016), Le pouvoir des mots, Paris, La Dispute.
Monte, Michèle et Claire Oger (réd.) (2015), Discours d’autorité : des discours sans éclat(s) ?, numéro thématique de Mots. Les langages du politique, no 107.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 4 mai 2021

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :