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Caroline Baret
Le processus de devenir adulte revêt plusieurs formes et trajectoires. Le point d’arrivée serait relativement le même : l’exercice de l’autonomie identitaire et l’indépendance matérielle (Galland, 2011; Van de Velde, 2008). La situation des jeunes en difficulté ne cadre pas avec la définition normative de l’être adulte (Caron et Soulière, 2013; Gaetz et al., 2016). Pourtant, ils ont le désir de s’émanciper et trouvent des possibilités de développer leur autonomie malgré les difficultés (Bellot, 2003; Gagné, 1996; Parazelli, 2007). Pour certains d’entre eux, l’arrivée d’un enfant les amène à questionner leur mode de vie et à opérer des changements (Gilbert, 2015).
Notre recherche s’est intéressée à la parentalisation sociale et psychique des jeunes en situation de précarité. Nous avons rencontré en entretiens 12 jeunes parents, fréquentant ou ayant fréquenté un organisme d’aide aux jeunes en difficulté (Dans la Rue). Nous avons effectué une analyse en profondeur des verbatim suivant une méthodologie qualitative (Gilbert, 2007, 2009 ; Paillé et Mucchielli, 2012).
Afin de ne pas répéter le cercle vicieux de la violence sociale ou intrafamiliale qu’ils ont euxmêmes subie, les jeunes rencontrés cherchent à se différencier de leurs propres parents et à offrir le meilleur pour leur enfant (Baret et Gilbert, 2015). Néanmoins, les attentes de réparation envers leurs figures parentales compliqueraient l’affiliation à leur enfant et leur autonomisation sociale et psychique (Baret, 2020).
Si le passage à l’âge adulte constitue en soi un processus d’autonomisation, l’autonomie constitue plus que jamais un enjeu clé dans les parcours des jeunes. D’un côté, injonction issue des paradigmes managériaux traversant tout autant le système de production que les politiques publiques, l’autonomie devient une exigence omniprésente pour construire de manière socialement légitime son cheminement. De l’autre côté, le décalage entre les attentes des jeunes dans différentes sphères de vie (que ce soit le travail, la formation, le logement, la famille, l’engagement dans sa communauté) et les réelles possibilités de les combler encourage parfois les jeunes à défier les normes sociales dominantes et à défendre leur autonomie individuelle et culturelle à l’heure de construire leur parcours. Entre injonction à la production et revendication d’épanouissement, l’autonomie est au foyer de tensions qui se répercutent sur le mieux-être des jeunes et leur santé mentale : troubles de l’attention, épuisement, technostress, solitude, colère, démobilisation, sentiment de vulnérabilité au travail, détachement de la communauté, etc. Ces tensions, souvent vécues individuellement, voire dans l’isolement, soulèvent par ailleurs l’enjeu de la responsabilité collective, et de la qualité et de l’adéquation des réponses institutionnelles qui sont offertes : manque de ressources, racisme institutionnel et méconnaissance des réalités spécifiques de la part des intervenants. C’est dans ce contexte de tension que ce colloque souhaite réunir des contributions issues d’une variété de disciplines et d’approches analytiques pour éclairer la question de l’autonomie et mettre en évidence tant la diversité des conditions regroupées sous la catégorie « jeunes » que les inégalités sociales affectant le passage à l’âge adulte selon les régions, la situation socioéconomique, la situation familiale, l’identité de genre, l’appartenance culturelle et l’origine ethnique, entre autres.
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