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Maude Deschênes-Pradet : Université de Sherbrooke
« Très tôt, j’ai compris que la vraie vie se jouait là, à l’écran (DS, p. 26) », explique l’héroïne imaginée par Karoline Georges dans le roman d’anticipation De synthèse (2017). Situé dans le paysage urbain anonyme d’un futur proche, le récit propose une réflexion sur la difficulté d’habiter le monde ou, plus précisément, d’être au monde (Heidegger, 1993).
Or, parmi les découvertes, technologies électroniques et autres miracles scientifiques à tout bouleverser depuis deux siècles, c’est avec un masque et une paire de gants que je détermine maintenant l’horizon de mon évolution. Depuis près d’une décennie, je me retrouve chaque jour en réalité virtuelle, face à face avec mon double de pixels, à tenter de prendre corps à travers elle. J’y étais presque. Et puis ma mère a commencé à se décomposer. (DS, p. 8)
Les technologies électroniques dont il est question étant presque à notre portée, on pourrait dire qu’il s’agit à peine de science-fiction. Juste assez pour qu’il se produise chez le lecteur une distanciation cognitive favorable à la réflexion (Suvin, 2010). Bientôt, peut-être, se dit le lecteur, ce sera ma vie…ça pourrait presque être moi, cette femme qui ne sort plus, dans ce monde inhabitable. De fait, quel rapport aux lieux, réels et virtuels, les personnages révèlent-ils? Quel rapport à la société, à l’Autre? Quel rapport au corps physique, charnel et inévitable? Quelle co-habitation (Lévy, 1993) est-elle possible pour la fille et la mère?
Le colloque « Interroger la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine » portera sur la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine, ceci dans une perspective transmédiatique. Seront donc prises en considération les analyses d’œuvres littéraires, mais également cinématographiques, vidéoludiques, bédéiques et télévisuelles.
Le terme « habiter », suivant Heidegger (1993 [1951]), constitue une caractéristique fondamentale de l’être, une « “poétique” du monde qui questionne l’être de l’habitation humaine » (Lussault, 2007, p. 41). À la suite de Dardel (1990), l’habiter se voit articulé en termes de géographicité, soit comme le produit de la relation de l’humain à la terre; une relation comprenant à la fois un ensemble de pratiques et une conscience singulière de la nature et de l’espace (Dupont, 2008). Naît ainsi une approche « onto-géographique » de l’habiter rendant compte de la projection de l’humain dans l’espace (Lévy et Lussault, 2003), mais aussi un habiter comme acte d’appropriation de l’espace : il est alors question de pratiques habitantes (Rosselin, 2002), soit de manières — comportements, fréquentations et usages — d’être aux lieux (Fries-Paiola et De Gasperin, 2014) ou encore, dans une perspective certalienne, de « faire avec l’espace », soit des usages se rapportant non plus à la manière dont on arrange l’espace, mais à la manière dont on s’arrange de l’espace (Duret, 2019).
L’habiter peut également être considéré comme un co-habiter. Il est alors question de la dimension spatiale de la socialité ou encore de la dimension collective de l’habiter. Il se rapporte alors aux configurations des relations de coexistence des individus en société, l’espace social étant entendu comme un être-ensemble dans un milieu humain et en fonction de celui-ci.
D’abord pensé par les philosophes au cours du 20e siècle, le concept de l’habiter a essaimé depuis dans les sciences humaines et sociales, en particulier en anthropologie, en géographie, en sociologie et en urbanisme, au point de devenir un concept essentiel dans les disciplines concernées par les questions de spatialité ces deux dernières décennies. Récemment, plusieurs perspectives d’analyse se sont penchées sur la représentation de l’habiter dans les œuvres de fiction, telles que la géocritique, l’écocritique et, plus récemment, la mésocritique, dont elle constitue l’objet d’étude privilégié.
En considération de cela, ce colloque a pour objectif de montrer comment la fiction contemporaine envisage l’expérience du milieu urbain — et plus précisément l’expérience de la ville considérée à l’échelle de la métropole ou de la mégapole — par ses habitants et habitantes ou, en d’autres termes, comment la fiction contemporaine représente l’habiter et les pratiques habitantes au sein de la ville.
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