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Amélie Sandoval : Conservatoire national des arts et métiers
En clinique de l’activité, l’intervention précède toujours la recherche. Il s’agit avant tout de répondre à la demande de milieux professionnels confrontés à une problématique particulière. L’intervenant proposera un dispositif qui permettra, à partir de co-analyses de l’activité menées avec les professionnels et de leur mise en discussion dans l’organisation, de trouver de nouvelles voies d’action possible pour les professionnels et de développer leur pouvoir d’agir (Clot, 2008). Ces nouvelles voies impliquent potentiellement des transformation à plusieurs niveaux : celui des sujets, des collectifs, du métier ou encore de l’organisation du travail (Kostulski, 2016). Les recherches engagées le seront sur cette base : comment comprendre et conceptualiser les atteintes à la santé rencontrées, les transformations organisées dans l’intervention, la portée de notre action ? Les transformations de l’organisation du travail sont plus rares et plus complexes à inscrire dans la durée. Les nouveaux rapports de coopération développés dans le cadre de l’intervention se retrouvent souvent mis à mal par les rapports sociaux de pouvoir et de domination installés (Mercure, 2013 ; Bonnefond et Clot, 2018). Nous nous proposons, en nous appuyant sur des exemples, de questionner la façon dont la visée transformatrice de nos interventions bute sur la persistance de fonctionnements habituels dont les protagonistes de l’intervention (participants et intervenants-chercheurs) peinent à s’émanciper.
L’idée de rapprocher le monde universitaire du monde social fait son chemin depuis quelques décennies sous l’impulsion de critiques à l’égard du fossé constaté entre eux (Desgagnés, 1997). Ces critiques et des avancées méthodologiques ont amené des chercheu.rs.ses, issus de disciplines variées, à définir des dispositifs participatifs, par exemple en santé où la collaboration avec les bénéficiaires est vue comme l’une des conditions permettant d’assurer que la recherche menée est pertinente et utile aux patient.e.s touchés (IRSC, 2019). Mais cette participation est parfois devenue une injonction, entre autres de la part des organismes subventionnaires qui privilégient de plus en plus des programmes qui valorisent la collaboration entre chercheurs et acteurs de terrain. Même si les recherches participatives visent la reconnaissance d’une pluralité de savoirs issus tant de la pratique que de la recherche (Morrissette, 2013), dans une perspective critique, la nécessité de collaborer peut soulever des questionnements sur les rapports de pouvoir dans les interactions en recherche, sur les inégalités potentielles dans la reconnaissance de l’apport des divers acteurs et sur l’influence des compétences de ces derniers à s’affirmer et à prendre la parole au cours des moments de collaboration (Doucet et Dumais, 2015).
Ce point de vue critique est d’autant plus nécessaire au regard des dispositifs de recherches qualitatives qui vont plus loin en visant le changement chez les participant.e.s, dans les organisations et au sein des gouvernements, en l’occurrence des recherches à visées transformatrices et émancipatoires. Il s’agit alors, pour toutes les personnes concernées par de telles recherches, de travailler à la transformation des conditions sociales en jeu et au développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (Stetsenko, 2016).
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