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Catherine Bélanger Sabourin : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication porte sur une recherche collaborative doctorale menée avec des intervenants sociaux, tous impliqués en proximité avec des familles en situation de vulnérabilité. Leur pratique étant située à l’interface entre les familles et les milieux dits institutionnels, la co-analyse de situations vécues sur le terrain vise à mieux saisir la complexité des dynamiques entre les acteurs au-delà des injonctions à leur collaboration.
Pensée comme un pont entre les mondes académique et pratique, la recherche collaborative a une double-visée de développement professionnel et de coconstruction de savoirs. Bien que la collaboration chercheur-participants soit au cœur l’activité de recherche, l’espace réflexif partagé n’est pas exempt de rapports de pouvoir. Dans un contexte particulièrement contraignant pour la collaboration en intervention avec les familles (effritement des services sociaux, crises organisationnelles, surcharge, etc.), comment éviter de (re)produire, sous couvert de visée transformatrice, l’injonction à la collaboration entre les acteurs et le sentiment d’impuissance des participants?
Cette contribution propose d’alimenter la réflexion autour de cet enjeu en recherche collaborative en présentant un dispositif et divers ajustements méthodologiques prévus pour éviter cet écueil (ex. : voix des absents, génogramme-écocarte, etc.). Des liens seront faits entre le développement du pouvoir d’agir des acteurs et la visée émancipatoire de la recherche collaborative.
L’idée de rapprocher le monde universitaire du monde social fait son chemin depuis quelques décennies sous l’impulsion de critiques à l’égard du fossé constaté entre eux (Desgagnés, 1997). Ces critiques et des avancées méthodologiques ont amené des chercheu.rs.ses, issus de disciplines variées, à définir des dispositifs participatifs, par exemple en santé où la collaboration avec les bénéficiaires est vue comme l’une des conditions permettant d’assurer que la recherche menée est pertinente et utile aux patient.e.s touchés (IRSC, 2019). Mais cette participation est parfois devenue une injonction, entre autres de la part des organismes subventionnaires qui privilégient de plus en plus des programmes qui valorisent la collaboration entre chercheurs et acteurs de terrain. Même si les recherches participatives visent la reconnaissance d’une pluralité de savoirs issus tant de la pratique que de la recherche (Morrissette, 2013), dans une perspective critique, la nécessité de collaborer peut soulever des questionnements sur les rapports de pouvoir dans les interactions en recherche, sur les inégalités potentielles dans la reconnaissance de l’apport des divers acteurs et sur l’influence des compétences de ces derniers à s’affirmer et à prendre la parole au cours des moments de collaboration (Doucet et Dumais, 2015).
Ce point de vue critique est d’autant plus nécessaire au regard des dispositifs de recherches qualitatives qui vont plus loin en visant le changement chez les participant.e.s, dans les organisations et au sein des gouvernements, en l’occurrence des recherches à visées transformatrices et émancipatoires. Il s’agit alors, pour toutes les personnes concernées par de telles recherches, de travailler à la transformation des conditions sociales en jeu et au développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (Stetsenko, 2016).
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