Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Samba Diouf : Université Cheikh-Anta-Diop
Dans le cadre de cette étude, nous nous intéressons aux expériences citoyennes écologiques chez les jeunes. Beaucoup d’auteurs évoquent la notion de participation citoyenne, qui renvoie aux occasions d'implication au sein d'un espace de délibération permettant aux jeunes de participer à l'élaboration des règles du vivre ensemble, de faire l'exercice de la citoyenneté à la mesure de l'adolescence, et de participer à un processus démocratique. Plus que dans leur seul intérêt, la participation citoyenne des adolescents contient une dimension collective dans l'agir, pour changer les choses dans l'intérêt de tous les pairs concernés par la situation, à travers un processus de groupe leur permettant de donner leur opinion, d'entendre celle des autres, de les confronter et de construire ensemble ce qui constituera une solution collective à une situation donnée.
Cette volonté de la jeunesse de prendre en main de son destin par elle-même, est le moteur de ces expériences diverses de par le sens de l’initiative, de leur capacité créatrice, et de leur don à transformer les pratiques artistiques en leviers de conscientisation, de résistance et de combat. Ces mouvements sont ainsi incontestablement à voir, comme révélateur et comme catalyseur, avec les deux alternances démocratiques qu’a connues le Sénégal. Il s’agira de mettre en perspective ces mouvements, de voir les expériences citoyennes écologiques chez les jeunes de Dakar afin de comprendre les enjeux et les limites.
Un survol des 240 000 textes recensés sur le Web contenant le syntagme « crise de la citoyenneté » laisse entendre l’existence d’une crise des identités territoriales, républicaines et nationales, de représentation, des institutions publiques et du politique qui aliénerait au lieu de rassembler. Les jeunes et leur apathie ou cynisme politique supposé (en raison d’une faible adhésion aux structures politiques traditionnelles) seraient parmi les premiers responsables. Leur formation citoyenne serait déficitaire, ce qui se traduit dans le discours public par un appel « aux autorités publiques pour contrôler une jeunesse qui causerait des problèmes et serait menaçante » (Demers et coll., 2017). Considérant que « le registre de la citoyenneté constitue un des systèmes de représentation des problèmes et des solutions construits par les différents acteurs pour intervenir auprès des enfants, des adolescents et des jeunes » (Becquet, 2018, p. 15), on peut se demander quelle citoyenneté est proposée aux jeunes. Et de fait, quels normes et comportements supposément citoyens leur feraient défaut?
Alors que les programmes d’éducation à la citoyenneté définissent celle-ci par des injonctions consistant à s’identifier comme membre moralement engagé envers sa communauté, à connaître le cadre juridico-légal de sa citoyenneté et à participer aux institutions publiques au sein de ce cadre (Demers et coll., 2017), les réponses des jeunes aux enquêtes portant sur leurs conceptions de la citoyenneté (Lane et Barnett, 2011; Shulz et coll., 2009) placent ces injonctions en rupture avec les représentations qu’ils en ont et les pratiques qu’ils y accolent. D’autres recherches font état d’une mutation dans leur conception de la citoyenneté, des rapports aux institutions publiques et des pratiques citoyennes (Robert-Mazaye et coll., 2016). Dans ces conditions, comment les jeunes arrivent-ils à ces définitions, et par quelles expériences? Quelles actions y associent-ils?
Titre du colloque :