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Dominique Deslandres : Université de Montréal
Parler de truchement (ou interprète) renvoie automatiquement à un homme blanc, viril et audacieux, le coureur des bois, qui hante notre imaginaire et notre histoire. Pourtant, de tous temps, ce sont les femmes, et chez nous, les femmes autochtones, qui sont les premières à transcender les frontières culturelles, à incarner dans leur esprit, dans leur cœur et dans leur chair ce pont entre les cultures affrontées, décrit par Richard White comme le Middle Ground ou un espace social, un lieu d’interaction, d’écho et d’adaptation entre des individus de cultures différentes qui érigent ainsi un système de compréhension et d’accommodation mutuelles. Bâtir et vivre ce terrain d’entente ne va pas sans heurt ni incompréhension, de part et d’autre, car chacun-e a tendance à vouloir amener autrui à agir en fonction de ses propres agendas et référents culturels. Là, peut-être, résident les problèmes qui se posent encore aujourd’hui quand on veut établir « une intersectorialité réussie », c’est-à-dire sans instrumentalisation de part ou d’autre. Pour comprendre les éléments indispensables à l’établissement de ce métissage des savoirs, des avoirs et des êtres, je rappellerai ici l’histoire des truchements, femmes et hommes, qui firent la Nouvelle France. C’est dire que, truchement à mon tour, je soulignerai combien et pourquoi ont pu leur être essentiels d’avoir une audacieuse ouverture d’esprit, autant que des capacités d’interprétation, d’expérimentation, de médiation et de transmission.
*Colloque aux modalités particulières. Inscrivez-vous à l’avance directement avec l’équipe organisatrice pour recevoir plus d’information sur le déroulement (recommandé). Lien d’inscription : bit.ly/3etohuI*
Après « La recherche hors-piste : oser la rupture » (Acfas, 2018), « Entreprise, université, société : la synergie des savoirs » (Ubisoft, 2018) et « L’université du 21e siècle : enjeux, défis et prospectives » (Acfas, 2019), ce nouveau colloque du scientifique en chef aborde de front la problématique fondamentale des « truchements indispensables » à une intersectorialité réussie.
À partir de la figure du « truchement » de la Nouvelle-France, le colloque explore les diverses pistes susceptibles de faciliter la collaboration entre disciplines scientifiques, proches ou éloignées, qui constituent l’intersectorialité. Celle-ci est de plus en plus exigée par les divers problèmes auxquels l’humanité d’aujourd’hui est confrontée : leur complexité exige la mobilisation de diverses disciplines et aussi une collaboration beaucoup plus organique.
Indépendamment de sa nécessité pour la résolution de problèmes, l’intersectorialité constitue, de l’avis de plusieurs, une des clés du développement futur de la science et plus globalement des savoirs, y compris les savoirs expérientiels. Dans cette autre fonction, nous postulons que l’intersectorialité amènera les chercheurs qui s’y livreront à inventer de nouvelles approches, de nouvelles théories et de nouvelles méthodologies permettant de voir ce qui reste encore invisible ou inconnu. Pour que cette nouvelle façon de faire donne ses meilleurs résultats, il sera nécessaire de mobiliser des « truchements », soit des personnes, soit des espaces où les diverses disciplines peuvent s’arrimer.
Ce colloque déjà annoncé pour 2020 proposait une vue panoramique du travail de collaboration intersectorielle de chercheurs de « disciplines scientifiques, proches ou éloignées » qui sont « à inventer de nouvelles approches » et qui mettent à profit leurs « savoirs expérientiels ». Or, voilà que la pandémie a exposé le monde entier à des bouleversements profonds. Au même moment où nous vivons une surcharge des temps et des modes d’échanges en ligne, nous vivons l’évolution fulgurante des moyens qu’ils offrent. Devant l’énormité des nouveaux défis qui se profilent, l’équipe organisatrice, avec le consentement et la participation de tous les intervenantes et intervenants, prend le risque de faire de ce colloque, dans sa version 2021, un essai, un atelier-laboratoire d’intersectorialité, de partage de connaissances, de truchements. Il s’agit aussi, pour les Fonds de recherche du Québec, de développer un outil de transformation des conventions qui balisent les communications scientifiques.
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