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La contre-cartographie comme mode de résistance aux industries extractives. Le cas de la Guyane française

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Matthieu Noucher : Centre national de la recherche scientifique

Résumé de la communication

Traditionnellement exclus du processus de production cartographique, des acteurs sociaux – habitants de village, peuples autochtones, mouvements écologistes, pour ne citer que ceux-là – se sont, ces dernières années, appropriés les outils de la cartographie pour faire pression sur les politiques publiques ou pour résister à des projets d’aménagement. La cartographie est ainsi devenue progressivement un instrument de contestation sociale. La sociologue Nancy Peluso a qualifié ce type de pratique de « contre-cartographie ». Dans les Amériques, de nombreux collectifs mobilisent désormais la contre-cartographie pour faire face aux industries extractives. En s’appuyant sur des exemples en provenance de la Guyane française, nous montrerons la montée en puissance de contre-cartes pour contester les activités aurifères légales ou illégales. Différentes pratiques de contre-cartographies seront présentées pour illustrer trois registres de résistance : dénoncer, braconner, renverser.

La Guyane est, en effet, confrontée à des controverses intenses autour du devenir des activités minières. Des revendications cartographiques oscillant entre priorités environnementalistes, indigénistes ou industrielles s’affrontent ainsi régulièrement. Nous en proposerons un rapide panorama et une analyse critique. La promesse implicite d’un empowerment par la carte semble alors inachevée, tant les peuples autochtones apparaissent, une fois de plus, comme totalement marginalisés par ces combats de cartes

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).

Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 4 mai 2021

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