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Morgan Faulkner : University of New Brunswick
Guillaume et Nathalie de l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens relate la rencontre amoureuse d’un sociologue et d’une architecte à Port-au-Prince les mois avant le séisme de 2010. Ils ont chacun une relation complexe à la ville, métropole haïtienne de plus de 2.5 millions d’habitants. La famille de Guillaume vit en exile au Québec, tandis que Nathalie vient de se réinstaller à Port-au-Prince après avoir fui ce lieu où elle a vécu d’atroces violences sexuelles. Cette étude interrogera la manière dont l’individu « habite » l’espace de ses traumatismes. Dans un premier temps, la ville de Port-au-Prince est dépeinte comme un lieu de violence, de misère et de désespoir. Dans un deuxième temps, l’œuvre examine la psychologie de l’être aux prises avec la ville et avec soi-même. La ville et l’être sont ainsi liés dans une vision de « l’habiter » où l’individu confronte l’espace intérieur et extérieur de ses vécus. Le choix d’un personnage de sociologue et d’un autre architecte est important. Guillaume et Nathalie interrogent les pratiques habitantes de la ville en rapport avec son espace physique. Quelles sont les choses qui la font tenir ensemble ? Qui la font effondrer ? Cette communication se penchera sur comment Lahens use de la fiction pour réfléchir sur l’expérience intime et collective de la ville de Port-au-Prince. En quoi, malgré la présence écrasante de la misère dans la ville, l’œuvre représente-t-elle, également, le désir accablant de vouloir l’habiter ?
Le colloque « Interroger la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine » portera sur la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine, ceci dans une perspective transmédiatique. Seront donc prises en considération les analyses d’œuvres littéraires, mais également cinématographiques, vidéoludiques, bédéiques et télévisuelles.
Le terme « habiter », suivant Heidegger (1993 [1951]), constitue une caractéristique fondamentale de l’être, une « “poétique” du monde qui questionne l’être de l’habitation humaine » (Lussault, 2007, p. 41). À la suite de Dardel (1990), l’habiter se voit articulé en termes de géographicité, soit comme le produit de la relation de l’humain à la terre; une relation comprenant à la fois un ensemble de pratiques et une conscience singulière de la nature et de l’espace (Dupont, 2008). Naît ainsi une approche « onto-géographique » de l’habiter rendant compte de la projection de l’humain dans l’espace (Lévy et Lussault, 2003), mais aussi un habiter comme acte d’appropriation de l’espace : il est alors question de pratiques habitantes (Rosselin, 2002), soit de manières — comportements, fréquentations et usages — d’être aux lieux (Fries-Paiola et De Gasperin, 2014) ou encore, dans une perspective certalienne, de « faire avec l’espace », soit des usages se rapportant non plus à la manière dont on arrange l’espace, mais à la manière dont on s’arrange de l’espace (Duret, 2019).
L’habiter peut également être considéré comme un co-habiter. Il est alors question de la dimension spatiale de la socialité ou encore de la dimension collective de l’habiter. Il se rapporte alors aux configurations des relations de coexistence des individus en société, l’espace social étant entendu comme un être-ensemble dans un milieu humain et en fonction de celui-ci.
D’abord pensé par les philosophes au cours du 20e siècle, le concept de l’habiter a essaimé depuis dans les sciences humaines et sociales, en particulier en anthropologie, en géographie, en sociologie et en urbanisme, au point de devenir un concept essentiel dans les disciplines concernées par les questions de spatialité ces deux dernières décennies. Récemment, plusieurs perspectives d’analyse se sont penchées sur la représentation de l’habiter dans les œuvres de fiction, telles que la géocritique, l’écocritique et, plus récemment, la mésocritique, dont elle constitue l’objet d’étude privilégié.
En considération de cela, ce colloque a pour objectif de montrer comment la fiction contemporaine envisage l’expérience du milieu urbain — et plus précisément l’expérience de la ville considérée à l’échelle de la métropole ou de la mégapole — par ses habitants et habitantes ou, en d’autres termes, comment la fiction contemporaine représente l’habiter et les pratiques habitantes au sein de la ville.
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