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Catherine Larrère : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Pour peu que l'on soit convaincu qu'une transition écologique ne peut se réduire à une substitution d'énergie mais passe par une transformation des modes de vie, on peut être étonné́ que pour un tel changement on ne parle pas de révolution, mais simplement de transition, terme un peu flou, voire mou. Ce paradoxe s'éclaire quand on sait que le terme est emprunté à la théorie des systèmes, où il désigne un processus au cours duquel un système passe d'un régime d'équilibre dynamique à un autre. Le changement attendu est global et la question centrale est celle du chemin permettant de passer d'un état à un autre, de son rythme et des moyens de le contrôler. En effet, le changement peut être réussi (atterrissage en douceur) ou raté (crash ou catastrophe). Le terme, pouvant s'appliquer à̀ toutes sortes de systèmes et étant, lorsqu'il s'agit de systèmes sociaux, facilement couplé à celui de gouvernance, on peut avoir quelques inquiétudes quant à̀ la dimension politique de la transition écologique.
S’il est aujourd’hui admis que l’humanité court à sa perte en raison d’une crise socioécologique d’envergure, des projets de société postcapitaliste, postcroissance ou postpétrole s’organisent partout dans le monde pour éviter l’effondrement des systèmes à la base de toutes les formes de vie sur Terre. Fondées sur des critiques du développement et des préoccupations écologiques, des solutions de rechange au néolibéralisme sont proposées par divers acteurs de la société civile. Amorcer une transformation en profondeur des modes de pensée et d’agir s’impose et donne cours à des propositions théoriques et à des initiatives multiformes se structurant autour du concept de transition écologique (TE). Elles cherchent à redonner du pouvoir aux communautés en imaginant d’autres possibles. Suggérant un changement sans précédent de société, la TE « se pense et s’expérimente » sur le terrain de diverses manières. Pourtant, ces démarches se heurtent à des modes de vie bien ancrés et à un fort enracinement des sociétés modernes dans une logique productiviste et de surconsommation. La tension est donc perceptible entre les pratiques citoyennes « vertueuses » et la puissance d’un marché reposant sur la dilapidation des ressources planétaires. Notre colloque propose de donner une voix aux multiples visages de la TE qui émergent dans les domaines de l’énergie et de l’agroalimentaire, dans les façons de produire ou de se déplacer, en même temps qu’il interroge les conditions de possibilité d’un renversement anthropologique et économique qui pourrait réduire la catastrophe en cours. La TE est d’abord abordée selon les perspectives de l’éducation à l’environnement et de l’intervention sociale, qui accompagnent les initiatives émergentes, les interprètent et leur donnent sens, mais également sous l’angle de la sociologie, de l’anthropologie et de la philosophie, à partir de réflexions critiques qui peuvent soutenir les populations dans leur apprentissage de solutions porteuses d’espoir.
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