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Alain Létourneau : Université de Sherbrooke
Au sens fort, la requête de transition à laquelle nos sociétés sont confrontées peut être comprise de manière radicale; il faudra d’abord se demander quel sens de ce concept assez polysémique est à retenir dans le présent contexte. Alors qu’en société ou dans le privé l’on peut déplorer la lenteur du processus de transition, d’autres au contraire souligneront les avancées et les initiatives créatrices qui sont développées ici et ailleurs pour la favoriser. La présente communication se propose surtout de revenir sur certains besoins concrets qui sont soulevés dans un projet de recherche-action spécifique en adaptation aux changements climatiques, soutenu par Ouranos, Mitacs et la MRC de Memphrémagog. Dans la mesure où il s’agit d’un projet impliquant des personnes professionnalisées à divers titres, il s’agira de thématiser certains besoins de connaissance et d’aptitude qu’on ne peut laisser de côté, si tant est que l’on veuille un travail collectif correctement avisé et susceptible d’obtenir des résultats. Ceci va demander de discuter des conditions effectives du travail en interdisciplinarité et en interprofessionnalité.
S’il est aujourd’hui admis que l’humanité court à sa perte en raison d’une crise socioécologique d’envergure, des projets de société postcapitaliste, postcroissance ou postpétrole s’organisent partout dans le monde pour éviter l’effondrement des systèmes à la base de toutes les formes de vie sur Terre. Fondées sur des critiques du développement et des préoccupations écologiques, des solutions de rechange au néolibéralisme sont proposées par divers acteurs de la société civile. Amorcer une transformation en profondeur des modes de pensée et d’agir s’impose et donne cours à des propositions théoriques et à des initiatives multiformes se structurant autour du concept de transition écologique (TE). Elles cherchent à redonner du pouvoir aux communautés en imaginant d’autres possibles. Suggérant un changement sans précédent de société, la TE « se pense et s’expérimente » sur le terrain de diverses manières. Pourtant, ces démarches se heurtent à des modes de vie bien ancrés et à un fort enracinement des sociétés modernes dans une logique productiviste et de surconsommation. La tension est donc perceptible entre les pratiques citoyennes « vertueuses » et la puissance d’un marché reposant sur la dilapidation des ressources planétaires. Notre colloque propose de donner une voix aux multiples visages de la TE qui émergent dans les domaines de l’énergie et de l’agroalimentaire, dans les façons de produire ou de se déplacer, en même temps qu’il interroge les conditions de possibilité d’un renversement anthropologique et économique qui pourrait réduire la catastrophe en cours. La TE est d’abord abordée selon les perspectives de l’éducation à l’environnement et de l’intervention sociale, qui accompagnent les initiatives émergentes, les interprètent et leur donnent sens, mais également sous l’angle de la sociologie, de l’anthropologie et de la philosophie, à partir de réflexions critiques qui peuvent soutenir les populations dans leur apprentissage de solutions porteuses d’espoir.
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