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Geneviève Baril : École nationale d'administration publique
Au Canada comme ailleurs, les problématiques autour du logement social sont complexes. À Montréal, le contexte actuel – austérité budgétaire, parc immobilier vétuste et plus grande vulnérabilité de la population éprouvant des besoins en matière de logement – pousse les employés du secteur public à devoir innover (OMHM, 2017; OMHM, 2018).
Cette pression à l’innovation n’est pas propre au logement social. Elle touche l’ensemble des services publics (Bryson et al., 2014; Denhardt et Dehardt, 2000; De Vries et al., 2015; Osborne et al., 2013) dont plusieurs ont recours à des initiatives de coproduction (Jaspers et al., 2019; Osborne et al., 2013) pour améliorer le processus de création (Moore, 1995) et de réalisation (Bozeman, 2007) des valeurs publiques.
Notre communication cherche à répondre à la question suivante : comment les leaders administratifs habilitants engagés dans un processus de coproduction dans le domaine du logement social gèrent-ils les conflits de valeurs publiques auxquels ils sont confrontés avec les autres acteurs tant externes qu’internes à leur organisation? Pour y répondre, nous nous appuierons sur les résultats préliminaires d’une étude de cas exploratoire portant sur une initiative de coproduction dans le domaine du logement social à Montréal : l’unité d’innovation sociale (UIS) de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).
En tant que nouvelle approche cherchant à résoudre des problématiques sociales complexes, les living labs (laboratoires vivants) se distinguent par leurs objectifs de participation et de coconstruction positionnant les citoyens et les usagers au centre de leurs démarches (Scaillerez et Tremblay, 2017). L’un des objets de la méthode semble alors être celui de contribuer à la réappropriation de son pouvoir décisionnel par les citoyens et les usagers. Permettre au plus grand nombre de participer à la réflexion fait aussi des living labs une approche qui contribue à admettre que certaines ressources (naturelles, Ostrom, 1990; ou intellectuelles, Hess et Ostrom, 2007) appartiennent à tous et font partie des communs (Hess, 2008).
La conduite des processus living labs doit toutefois composer avec des défis de type institutionnel et méthodologique (Therrien et Normandin, accepté). En matière de défis institutionnels, les living labs sont notamment influencés par les rapports de pouvoir préexistants entre les acteurs ainsi que par les conflits de valeurs et d’intentions entre les diverses parties prenantes (citoyens, fonctionnaires, représentants d’organismes communautaires et d’organisations privées, chercheurs, etc.). Ce rééquilibre à la faveur du citoyen et des ressources communes n’est donc pas encore un acquis et nécessite d’être (re)questionné pour en asseoir la suprématie.
Pour gérer ses aspects, les living labs se concentrent sur la conduite de leurs processus et le développement d’objets-frontières, mais la méthode doit elle-même composer avec des obstacles quant à la combinaison des savoirs scientifiques et expérientiels et les remises en question propres à la réalisation d’un processus d’hyperréflexivité.
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