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Lucie Sauvé : UQAM - Université du Québec à Montréal
Si l’idée de transition s’est installée au cœur du vocabulaire écologique contemporain ouvrant un horizon de possibles et d’espoir, il faut reconnaître que notre humanité a déjà connu jusqu’ici de nombreuses « transitions », induites par l’arrivée d’innovations technologiques alors prometteuses, dont l’ampleur de l’impact sociétal n’avait certes pas été à ce point soupçonné au départ : plus proche de notre ère, le moteur à combustion, le numérique, le génie génénétique entre autres …, ont finalement bouleversé notre rapport au monde. Qu’aura-t-on appris de cette histoire somme toute récente ? Comment faire en sorte que le vaste mouvement de « transition » actuel - dont la transition énergétique devient un pilier - porte un projet sociétal partagé, résolument écologique ? Quels fondements et principes adopter ? Quels « territoires » de transition choisira-t-on d’explorer ? L’éducation est ici particulièrement interpellée, tant en milieux formels, non formels qu’informels – dans le vaste laboratoire d’apprentissage social qui s’installe progressivement au cœur de notre société. Quelles avenues de recherche et d’action peut-on prioritairement envisager pour stimuler, soutenir et accompagner au mieux la mouvance actuelle ? Comment l’éducation elle-même peut-elle entrer en transition, transformant ses visées et ses pratiques ?
S’il est aujourd’hui admis que l’humanité court à sa perte en raison d’une crise socioécologique d’envergure, des projets de société postcapitaliste, postcroissance ou postpétrole s’organisent partout dans le monde pour éviter l’effondrement des systèmes à la base de toutes les formes de vie sur Terre. Fondées sur des critiques du développement et des préoccupations écologiques, des solutions de rechange au néolibéralisme sont proposées par divers acteurs de la société civile. Amorcer une transformation en profondeur des modes de pensée et d’agir s’impose et donne cours à des propositions théoriques et à des initiatives multiformes se structurant autour du concept de transition écologique (TE). Elles cherchent à redonner du pouvoir aux communautés en imaginant d’autres possibles. Suggérant un changement sans précédent de société, la TE « se pense et s’expérimente » sur le terrain de diverses manières. Pourtant, ces démarches se heurtent à des modes de vie bien ancrés et à un fort enracinement des sociétés modernes dans une logique productiviste et de surconsommation. La tension est donc perceptible entre les pratiques citoyennes « vertueuses » et la puissance d’un marché reposant sur la dilapidation des ressources planétaires. Notre colloque propose de donner une voix aux multiples visages de la TE qui émergent dans les domaines de l’énergie et de l’agroalimentaire, dans les façons de produire ou de se déplacer, en même temps qu’il interroge les conditions de possibilité d’un renversement anthropologique et économique qui pourrait réduire la catastrophe en cours. La TE est d’abord abordée selon les perspectives de l’éducation à l’environnement et de l’intervention sociale, qui accompagnent les initiatives émergentes, les interprètent et leur donnent sens, mais également sous l’angle de la sociologie, de l’anthropologie et de la philosophie, à partir de réflexions critiques qui peuvent soutenir les populations dans leur apprentissage de solutions porteuses d’espoir.
Thème du colloque :