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Zaïnab El Guerrab : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Pour justifier l’engouement vers la « re-primarisation » des économies (Burchardt et Dietz 2014) via des stratégies extractives, certains acteurs développent un discours qui fait référence au sacrifice. Le terme de « territoire sacrifié » (sacrificed zones) en écologie politique renvoie à une « relationship between destructive violence and disposability, or “sacrificability”, that helps foreground issues such as environmental racism (Bullard 1990), economic justice (Hedges and Sacco 2012), indigenous sovereignty (Endres 2012) and structural or ‘‘slow violence’’ (Nixon 2013) » (Reinert 2018 : 598). La définition, encore jeune, de ce concept de « territoire sacrifié » permet de pointer plusieurs tensions et inégalités que l’extractivisme provoque ou exacerbe et qui peuvent mener à des conflits territoriaux et/ou transnationaux. Dans cette communication, je propose de discuter de : 1) l’utilité du concept de « territoire sacrifié » dans la compréhension des luttes contre l’extractivisme ; et 2) de l’engagement individuel des migrant·e·s dans la mobilisation transnationale contre l’extractivisme. Ici je présenterai les résultats d’une recherche qualitative (récits de vie) que j’ai menée en novembre 2019 avec trois migrant·e·s installé·e·s à Montréal : deux organisateurs et une participante à une action collective contre l’installation d’une minière canadienne en Turquie.
Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).
Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.
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