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Célestin Wagoum : Université de Yaoundé I
Dans la culture et l’imaginaire des Bamiléké de l’Ouest-Cameroun, la mort ne met pas un terme à la vie, mais elle la prolonge. Perçue comme rite de passage, la mort est synonyme de translation d’un mode d’existence à un autre. Pour cette raison, les pratiques funéraires qui ont cours dans cette région ont pour but de faciliter l’ancestralisation du défunt. Depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19, les pouvoirs publics ont pris des mesures en vue d’endiguer la contamination des masses, dont notamment la confiscation des morts par la Covid-19 et l’interdiction de la manipulation des cadavres. Ces mesures constituent un obstacle à la pratique des autopsies rituelles chez les Bamiléké. Pour mieux décrypter cette réalité liée aux morts de la Covid-19, la présente réflexion anthropologique s’inscrit dans le champ théorique de l’anthropologie des représentations sociales ou de l’imaginaire. L’essentiel des résultats escomptés s’articule autour de considérations relatives à l’organisation des funérailles par rapport à l’orthodoxie culturelle dans le contexte de la nouvelle idéologie funéraire depuis l’apparition de la Covid-19.
La pandémie n’a pas provoqué seulement l’interruption de la vie sociale dans ses manifestations usuelles, ni seulement une concentration familiale, avec la réclusion et le confinement. La pandémie fonctionne comme un « révélateur » de la situation réelle de nos sociétés, du plan politique plus large à celui des convictions privées, comme les croyances religieuses. Les rites sont au cœur de processus à un double titre : en tant que pratiques sociales, les rites ont été interrompus, voire mis en pause; mais en tant que pratiques symboliques, leur fragilité et leur force, leur infirmité et leur utilité ont été mises au clair, notamment sur trois plans : celui de la relation entre le pur et l’impur qui caractérisait les sacrifices; celui du degré de définition et de délimitation des rites en tant que pratiques sociales et symboliques, c’est-à-dire, dans la terminologie de Victor Turner, l’aspect de la « liminalité »; et celui de l’horizon utopique et du sens du temps, comprimé dans une sorte de corrélation avec le confinement spatial. La pandémie a ainsi bouleversé des aspects rituels largement oubliés dans le contexte de la modernité et de la postmodernité. Cette situation oblige, par conséquent, à revenir sur ces dimensions d’un point de vue critique; un point de vue ethnologique, herméneutique (historique, socioreligieux) et symbolique.
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