Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Emmélia Blais-Dowdy : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les projets de mines de métaux émergents de la transition énergétique sont présentés par les promoteurs comme participant d’un développement durable et responsable, bien qu’il s’agisse de l’exploitation de ressources non renouvelables. Puisque l’extraction de ces métaux est en grande partie liée au marché des technologies renouvelables, certain·e·s perçoivent la transition énergétique comme l’occasion d’exiger une amélioration des pratiques sociales et environnementales des entreprises minières. D’autres au contraire soulignent que les impacts socioenvironnementaux de ces nouvelles mines sont minimisés en raison de l’urgence à décarboniser les économies. Dans tous les cas, les entreprises minières occupent une position stratégique dans le projet de transition énergétique. Au moyen d’une écologie politique poststructuraliste, nous chercherons à démontrer le « champ de contrôle et d’intervention sociale » (Escobar, 1996) qui se déploie dans le renouvellement du discours de développement durable et responsable de l’industrie minière à l’heure de la transition énergétique. À partir de l’analyse d’entretiens réalisés dans le contexte du développement d’un projet de mine de terres rares à Kipawa au Témiscamingue, nous argumentons qu’il se produit un glissement du discours où la responsabilité sociale est désormais transférée vers les communautés, qui sont sommées de consentir à la cohabitation avec le projet minier sous motif de lutte aux changements climatiques.
Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).
Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.
Titre du colloque :
Thème du colloque :