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Line Menage : Université des Antilles
L’habiter urbain est une problématique exposée dans les romans caribéens francophones.Les écrivains retranscrivent l’expérience de l’homme dans la ville de Fort-de-France, de Pointe-à-Pitre et de Port-au-Prince, des lieux souvent décrits de manière péjorative. Le rapport qu’entretient l’homme avec son milieu est complexe car il résulte de données sociales, raciales et sociétales.Résultant du phénomène d’exode rural, la démographie de la ville ne cesse d’évoluer pour mettre en concurrence les différentes classes de la société, héritées du système esclavagiste. Les nouvelles dynamiques urbaines font intervenir les notions de quartiers, de séparations voire de compartimentations et d’exclusions qui maintiennent l’homme dans une inertie. Les romans de Patrick Chamoiseau, de Gary Victor, sont quelques exemples, livrant la dure réalité de l’homme dans la ville. Les romans mettront en évidence la disparité qui se fait tant de manière sociale que de manière géographique. Cette expérience de l’habiter urbain mettra en exergue les fléaux de la ville ainsi que l’errance et la marginalisation de l’homme. Ces enclaves géographiques, mais aussi psychologiques mettent l’homme dans la posture de l’esclave, dans un espace où il ne peut ni évoluer, ni s’épanouir. Les écrivains caribéens francophones se font les porte-paroles de la problématique de l’habiter urbain dans un espace fragmenté. Quels sont les codes poétiques et langagiers dont usent les écrivains pour dénoncer cette problématique?
Le colloque « Interroger la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine » portera sur la représentation de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine, ceci dans une perspective transmédiatique. Seront donc prises en considération les analyses d’œuvres littéraires, mais également cinématographiques, vidéoludiques, bédéiques et télévisuelles.
Le terme « habiter », suivant Heidegger (1993 [1951]), constitue une caractéristique fondamentale de l’être, une « “poétique” du monde qui questionne l’être de l’habitation humaine » (Lussault, 2007, p. 41). À la suite de Dardel (1990), l’habiter se voit articulé en termes de géographicité, soit comme le produit de la relation de l’humain à la terre; une relation comprenant à la fois un ensemble de pratiques et une conscience singulière de la nature et de l’espace (Dupont, 2008). Naît ainsi une approche « onto-géographique » de l’habiter rendant compte de la projection de l’humain dans l’espace (Lévy et Lussault, 2003), mais aussi un habiter comme acte d’appropriation de l’espace : il est alors question de pratiques habitantes (Rosselin, 2002), soit de manières — comportements, fréquentations et usages — d’être aux lieux (Fries-Paiola et De Gasperin, 2014) ou encore, dans une perspective certalienne, de « faire avec l’espace », soit des usages se rapportant non plus à la manière dont on arrange l’espace, mais à la manière dont on s’arrange de l’espace (Duret, 2019).
L’habiter peut également être considéré comme un co-habiter. Il est alors question de la dimension spatiale de la socialité ou encore de la dimension collective de l’habiter. Il se rapporte alors aux configurations des relations de coexistence des individus en société, l’espace social étant entendu comme un être-ensemble dans un milieu humain et en fonction de celui-ci.
D’abord pensé par les philosophes au cours du 20e siècle, le concept de l’habiter a essaimé depuis dans les sciences humaines et sociales, en particulier en anthropologie, en géographie, en sociologie et en urbanisme, au point de devenir un concept essentiel dans les disciplines concernées par les questions de spatialité ces deux dernières décennies. Récemment, plusieurs perspectives d’analyse se sont penchées sur la représentation de l’habiter dans les œuvres de fiction, telles que la géocritique, l’écocritique et, plus récemment, la mésocritique, dont elle constitue l’objet d’étude privilégié.
En considération de cela, ce colloque a pour objectif de montrer comment la fiction contemporaine envisage l’expérience du milieu urbain — et plus précisément l’expérience de la ville considérée à l’échelle de la métropole ou de la mégapole — par ses habitants et habitantes ou, en d’autres termes, comment la fiction contemporaine représente l’habiter et les pratiques habitantes au sein de la ville.
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