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Justine Grandmont : UQAM - Université du Québec à Montréal
Hydro-Québec est, au moins depuis la Révolution tranquille, un vecteur très important de la construction d’une identité nationale québécoise (Desbiens, 2015 ; Savard, 2013). Les grands chantiers hydroélectriques furent déterminants dans la promotion d’un Québec moderne, industrialisé, émancipé de la domination anglophone et maître de « son territoire ». L’histoire des grands barrages hydroélectriques est pourtant parsemée de nombreux conflits territoriaux avec les communautés autochtones (Desbiens, 2015 ; Nungak, 2019). Les travaux de Caroline Desbiens (2015) ont montré que la première phase de développement hydroélectrique de la Baie James était ancrée dans un imaginaire colonial. S’appuyant sur la doctrine de la découverte, le Nord-du-Québec était présenté comme un espace à occuper et à exploiter, et ce au détriment des communautés autochtones qui y vivent.
Récemment, la notion de partenariat avec les communautés autochtones a émergé dans le vocabulaire d’Hydro-Québec et de l’État québécois, particulièrement à travers le développement durable (Desbiens, 2015 ; Savard, 2013). Ces partenariats ne semblent pourtant pas remettre en question le caractère colonial de la relation, puisque la reconnaissance des peuples autochtones demeure subordonnée à la souveraineté territoriale de l’État québécois (Coulthard, 2018). Cette communication s’intéresse aux discours médiatiques reproduisant l’idéologie coloniale en tenant pour acquise la souveraineté territoriale de l’État québécois.
Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).
Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.
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