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Samuel Nepton : Université Laval
Plusieurs raisons nous poussent à croire que Platon ne verrait pas d’un bon œil la pratique de la philosophie pour les enfants. En effet, dans Le Gorgias, Socrate, en réponse à Calliclès pour qui la philosophie est une activité enfantine impropre aux citoyens, avance l’argument que la philosophie est au contraire une activité trop sérieuse pour la jeunesse. De plus, dans La République, en plus de défendre un gouvernement aristocratique – plutôt que démocratique –, la philosophie est présentée à la fois comme couronnement de l’éducation des gardiens, vers leurs 50 ans, et comme un danger de perversion de la jeunesse.
Alors que ces textes fondateurs de la tradition philosophique occidentale ont contribué à exclure l’enfance de cette pratique en lui présupposant une maturité de la pensée et des mœurs, nous aimerions proposer une autre lecture de ces œuvres. En nous appuyant notamment sur l’analyse de Lipman, nous défendrons la thèse que Platon ne s’oppose pas à l’introduction de la philosophie aux enfants per se, mais à sa réduction à des techniques argumentatives et rhétoriques : il est contre l’idée d’en faire un simple jeu, une flatterie. Dès lors, nous proposerons des rapprochements entre Platon et John Dewey afin de montrer comment il serait possible de convaincre le premier de la capacité des enfants à philosopher. Ainsi, nous proposerons une lecture de Platon qui permettrait d’inclure petits et grands au sein d’une même pratique philosophique.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?