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Guillaume Martel Lasalle : Possibles éditions
Par ma recherche-création sur la production du livre et sur l’édition, j’interroge un singulier carrefour de l’industrie (en crise) et des arts (en effervescence) du livre. Le geste initial de mes travaux est un geste entrepreneurial de récupération de technologies numériques et analogiques. Je co-dirige dans cet esprit un atelier spéculatif, socioaffectif, collaboratif et artisanal visant, en échos aux vues du philosophe Érik Bordeleau, à dessiner de nouveau schèmes esthétiques, mais encore et surtout de nouvelles subjectivités économiques capables de faire futur en commun.
Il s’agit pour cette présente proposition de réfléchir, à partir des œuvres achevées (Oùrs, Manifeste pour une reliure des affects) et en cours (Imprimerie publique de J. Kerouac) du collectif d’arts d’éditions Possibles éditions, les conditions de possibilité d’un écosystème où l’acte producteur ne serait plus fondé sur l’ultraspécialité de l’artiste professionnel ou de l’usine, mais sur la gestualité artisanale du citoyen désirant intervenir dans son monde, sur et par la matérialité de son environnement. À travers cet atelier réflexif, je cherche à penser les moyens de bâtir une communauté des semblables qui vise à s’approprier tous les maillons de la chaîne économique, incluant l’opérationnalisation de la machine, insufflant non plus, selon l’horizon usé du capitalisme, lucre élitaire, subordination de masse et liberté relative, mais un nouvel air de subsistance, collaboration et liberté collective.
Face au bouleversement occasionné par le numérique dans les chaînes de valeur de l’écosystème culturel, on assiste à une reconfiguration du rôle des acteurs, à une remise en question des frontières entre les disciplines et à l’émergence de nouvelles pratiques de création et d’affaires (Poole et Le-Phat Ho, 2011; Janowska, 2011; Jones, 2011; Wade Morris, 2014; Benner et Waldfogel, 2016; Jeanpierre et Roueff, 2016). Ce colloque fait suite à une première rencontre intitulée L’« esprit entrepreneurial » artistique et culturel au Québec en dialogue avec les potentialités et les défis du numérique : approches empiriques des pratiques, ayant eu lieu à Gatineau dans le cadre du 87e Congrès de l’Acfas. Ce colloque a présenté des études de cas illustrant des pratiques entrepreneuriales numériques en culture.
Du point de vue entrepreneurial, la création est désormais objet de défis et d’occasions apportés par la dématérialisation, la diffusion en réseau, l’accessibilité à des publics disséminés partout sur la planète, l’utilisation d’outils de production abordables et faciles à obtenir par des amateurs, ou encore de nouvelles sources de financement collectif et institutionnel (Nousiainen, 2012; Lalonde, 2015; Wade Morris, 2014; Jeanpierre et Roueff, 2016). Cependant, la recherche sur la transformation des pratiques et des démarches de création, de même que sur les disciplines, les œuvres d’art et les objets culturels en lien avec l’« esprit entrepreneurial » en culture à l’ère numérique reste à approfondir (Lalonde, 2015; Chantepie et LeDiberder, 2010). Nous proposons de poursuivre la réflexion en mettant la création au centre de la recherche et d’envisager de façon prospective un écosystème [post]numérique en culture, c’est-à-dire là où les outils numériques sont intégrés aux pratiques de création de manière organique, de façon exclusive ou amalgamée, sans être l’objet d’une fascination particulière (Berry et Dieter, 2015). Comment les cultures numériques s’inscrivent-elles dans les pratiques artistiques et influencent-elles l’« esprit entrepreneurial »?
Dans le cadre de ce colloque, les démarches de recherche-action et de recherche-création approfondissent une série d’études de cas sur les pratiques entrepreneuriales en culture réalisées dans une approche qualitative classique.