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Antoine Sansonnens : UQAM - Université du Québec à Montréal
À travers mon travail doctoral (début, mars 2017), je cherche à comprendre comment, dans deux contextes socio-culturels, s’articule et se met en oeuvre la mission du « rendre capable » de jeunes souffrant de troubles mentaux. Le cadre analytique de ma thèse se situe à l’échelle des praticien-ne-s en santé mentale jeunesse et porte notamment sur l’exploration d’un double embarras avec lequel ces derniers doivent composer : 1) activer ces jeunes tout en les rendant autonome 2) le manque de référentiel normatif sur lequel baser l’intervention et les décisions tant ces jeunes sont dans un double « entre-deux », soit, ni vraiment enfant, ni vraiment adulte, ni vraiment normal, ni vraiment pathologique.
Dans cette communication, il s’agira, en s’appuyant sur des analyses d’entrevues réalisées en Suisse et au Québec avec différents praticien-ne-s (notamment psychiatres, conseillers en insertion ou intervenant-e-s psychosociaux) accompagnant ces jeunes, de proposer une réflexion sur les usages et les rôles des dénominations des troubles en santé mentale pour un public jeune. Si l’exposé abordera prioritairement cette dimension sous l’angle du jeu d’interactions entre praticien-ne-s et jeunes, il viendra également porter une réflexion sur les rôles des différents professionnels dans ce processus de désignation des troubles et, plus largement, sur l’organisation des services et leurs critères d’octrois de prestations.
Si le passage à l’âge adulte constitue en soi un processus d’autonomisation, l’autonomie constitue plus que jamais un enjeu clé dans les parcours des jeunes. D’un côté, injonction issue des paradigmes managériaux traversant tout autant le système de production que les politiques publiques, l’autonomie devient une exigence omniprésente pour construire de manière socialement légitime son cheminement. De l’autre côté, le décalage entre les attentes des jeunes dans différentes sphères de vie (que ce soit le travail, la formation, le logement, la famille, l’engagement dans sa communauté) et les réelles possibilités de les combler encourage parfois les jeunes à défier les normes sociales dominantes et à défendre leur autonomie individuelle et culturelle à l’heure de construire leur parcours. Entre injonction à la production et revendication d’épanouissement, l’autonomie est au foyer de tensions qui se répercutent sur le mieux-être des jeunes et leur santé mentale : troubles de l’attention, épuisement, technostress, solitude, colère, démobilisation, sentiment de vulnérabilité au travail, détachement de la communauté, etc. Ces tensions, souvent vécues individuellement, voire dans l’isolement, soulèvent par ailleurs l’enjeu de la responsabilité collective, et de la qualité et de l’adéquation des réponses institutionnelles qui sont offertes : manque de ressources, racisme institutionnel et méconnaissance des réalités spécifiques de la part des intervenants. C’est dans ce contexte de tension que ce colloque souhaite réunir des contributions issues d’une variété de disciplines et d’approches analytiques pour éclairer la question de l’autonomie et mettre en évidence tant la diversité des conditions regroupées sous la catégorie « jeunes » que les inégalités sociales affectant le passage à l’âge adulte selon les régions, la situation socioéconomique, la situation familiale, l’identité de genre, l’appartenance culturelle et l’origine ethnique, entre autres.
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