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Transformation de la conscience juridique en contexte d’immigration : une exploration du cas des femmes africaines au Québec

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Marie-Eve Paré

Résumé de la communication

Le droit étatique, en tant que dimension du social culturellement et historiquement contextualisée, porte en lui les composantes de son inaccessibilité. Ainsi, l’idéal du droit étatique valorise une rhétorique d’autonomie, de neutralité et d’universalité, qui a pour effet d’induire une distanciation entre ses institutions juridiques et la société. À cet égard, l’opacité bureaucratique, la spécialisation du savoir professionnel, les procédures et les coûts illustrent les nombreux obstacles qui complexifient la relation avec les justiciables. Ces défis sont par ailleurs accrus pour les groupes sociaux vulnérables tels que les familles immigrantes. Devant ces défis structurels, on doit se questionner sur la spécificité du rapport aux institutions juridiques de ces familles, sur leur perception du droit, de même que sur leurs stratégies résolutives pour mieux comprendre comment s’articule leur conscience juridique. En se basant sur les résultats d’une étude ethnojuridique et sur les concepts de la mobilisation et de la conscience juridique, cette présentation analysera les trajectoires de femmes monoparentales d’origine africaine lors des procédures de divorce. Son objectif est d’une part de démontrer comment leurs expériences exemplifient les défis d’accès à la bureaucratie juridique au Québec en matière de droit familial. D’autre part, nous nous intéressons au processus de transformation de la conscience juridique en situation post-migratoire pour ces femmes.

Résumé du colloque

Les tribunaux constituent une institution centrale depuis la différenciation des sphères sociales dans la modernité. En retour, l’autonomisation graduelle résultant de ce processus a induit une ambivalence croissante de l’institution judiciaire. D’un côté, les tribunaux ont été érigés en temples de la Justice, et les magistrats en gardiens du pouvoir de dire le Juste. D’un autre côté, les tribunaux et les magistrats semblent dépassés par les réalités que vivent les justiciables : sentiment d’incompétence juridique, méconnaissance du droit, incompréhension du langage juridique, méfiance vis-à-vis des professionnels du droit, autoreprésentation à la cour, recours aux médias sociaux pour dénoncer des injustices, etc. Cette ambiguïté entre l’idéal et le réel porte à penser que les tribunaux sont un remarquable révélateur des transformations juridiques et des changements sociaux qui caractérisent les sociétés contemporaines.

En dépit de l’absence quasi totale de données publiques précises et fiables (en particulier de statistiques) sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, force est de reconnaître que de plus en plus de travaux en sciences humaines et sociales au Québec érigent en objet de recherche les tribunaux (leurs modes d’organisation, les processus qui s’y déroulent, les pratiques qu’ils occasionnent, les acteurs qui s’y activent, les dispositifs alternatifs qui se substituent à eux, etc.). D’où l’intérêt de prendre acte des recherches produites à propos et autour de cet objet. Cinq axes structurent le colloque proposé : 1) quels sont les thèmes qui retiennent l’attention des chercheurs en sciences humaines et sociales? 2) quels terrains empiriques investissent-ils pour les explorer? 3) quels concepts et quelles méthodes mobilisent-ils? 4) quels sont les apports de ces recherches à la compréhension du monde juridique et du monde social? et 5) quelles sont les perspectives de recherche en sciences humaines et sociales concernant les tribunaux?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 4 mai 2021

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