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Trouble dans le genre : le cas d’Insertech

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Marie-Luc Arpin : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

En ce qu’elle désigne depuis les années 1970 l’émergence d’entreprises qui ne relèvent ni du secteur privé, ni du secteur public, l’économie sociale confère une profondeur historique à l’essor de formes organisationnelles nouvelles, dites hybrides. Au Québec, c’est « en combinant des modes de création et de gestion privés (autonomie et risques économiques) mais collectifs [...], avec des finalités non centrées sur le profit » que l’économie sociale s’est institutionnalisée peu à peu (Bouchard, 2011 : 2). En ce sens, l’actuel « mouvement d’hybridation » ne croise pas deux secteurs économiques, mais plutôt trois, chacun sous-tendu par des logiques institutionnelles propres. Ainsi, s’il convient en effet de comprendre les défis que comportent la gestion des organisations hybrides de 2e génération, il semble tout aussi crucial de savoir si et en quoi les modalités d’hybridation auxquelles elles donnent lieu peuvent entrer en tension avec celles d’organisations hybrides de 1ère génération, issues de l’économie sociale. Afin d’explorer cette relation complexe dont l’histoire et les nuances sont souvent gommées, je m’attache au cas d’Insertech – une entreprise d’insertion sociale œuvrant en informatique depuis 1998 –, ainsi qu’à l’enchevêtrement des discours qui jalonnent et hybrident ses champs d’activités. Puisque j’agis en tant que membre de son conseil d’administration, la perspective offerte est tirée tant de l’expérience que de la théorie des paradoxes (Schad et al. 2016).

Résumé du colloque

D’aucuns suggèrent que nous vivons une crise multidimensionnelle, notamment écologique, sociale et institutionnelle. Si les entreprises privées sont parfois présentées comme des coupables, d’autres leur reconnaissent un rôle essentiel dans la résolution des enjeux sociaux et écologiques auxquels fait face le monde. Historiquement, c’est à travers le concept de responsabilité sociale des entreprises (RSE) que l’engagement des entreprises au développement durable a été conceptualisé. Essentiellement, la RSE appelle à revoir la conception traditionnelle des entreprises selon laquelle celles-ci sont uniquement économiques, pour en faire des acteurs de changement qui intègrent le développement durable dans leur mission, leurs pratiques et leurs décisions. Si la RSE était, au mieux, mentionnée dans quelques rapports annuels dans les années 1980, elle occupe aujourd’hui un rôle essentiel dans les objectifs stratégiques, les discours et les rapports annuels des entreprises.

Parallèlement à la démocratisation de la RSE se sont développées de nouvelles formes organisationnelles visant à créer de la richesse de manière plus durable et plus respectueuse de la société et de l’écologie : les coopératives, l’entrepreneuriat social, l’entrepreneuriat vert, les entreprises hybrides et les « B Corps » en sont de bons exemples. Ces organisations utilisent les mécanismes du marché pour résoudre des problèmes sociaux chroniques et contrer la dégradation de l’environnement, brouillant ainsi la frontière traditionnelle entre entreprise à profit et organisation à but non lucratif. Les organisations hybrides ne rejettent pas le profit ni la croissance; les profits sont le moyen par lequel elles peuvent accroître leur impact social et écologique. Cependant, ces nouvelles réalités posent d’importants défis stratégiques, notamment en matière de conciliation des logiques marchande et civique, et de gestion des tensions organisationnelles liées aux prises de décision quotidiennes lorsque les solutions semblent paradoxales.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 4 mai 2021

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