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Ghislaine Arielle Nzouwé Nganso : Université de Limoges
Occidentalisation de l’Afrique ou africanisation de l’Occident : ramenée sur le territoire de l’Afrique musicale, cette formulation fait remonter à la surface le jeu de va-et-vient entre la période coloniale et celle post-coloniale, qui met en scène un dialogue musical triangulaire entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique. Par le biais du voyage, de l’immigration et du développement technique des supports, les sonorités des pays d’Afrique s’ancrent désormais dans l’univers culturel occidental et vice-versa. Cette recherche entend contribuer à l’étude des temps forts de la « glocalisation » des musiques africaines et leur réception en Occident au XXe et au XXIe siècles. À partir des années 1960 particulièrement, l’exportation de ces produits culturels ˗jugés dilués par les conservateurs des traditions africaines˗ a été renforcée par ce que l’anthropologue Jean-Loup Amselle appelle les « opérateurs d’universalisation » que sont les centres culturels, les mécènes, et les médias. Par une lecture africanologique du diptyque production/diffusion musicale, cette communication entend aussi mener une réflexion sur les défis de la constitution et de la préservation du patrimoine immatériel africain et sur les enjeux qui en découlent, autant pour l’Occident que pour l’Afrique.
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.