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Ebisseli Hyacinthe Nogbou : Université Alassane Ouattara
Dans le choix des principes et du mode de fonctionnement de l’État, l’Afrique est encore à la croisée des chemins. Elle est restée dans les vagues des mutations et des transitions démocratiques difficiles. À cette difficulté de gestion sociétale s’ajoute l’impossible adoption et un recul calamiteux du jeu démocratique, endossé par le tribalisme clanique. Ce fonctionnement atypique modifie le paradigme des modalités et les exigences de la marche de l’État africain toujours en construction. On peut y percevoir l’expression d’une fracture civilisationnelle due au mauvais arrimage à l’essence démocratique occidentale dans la conception idéologique de l’État. La démocratie se déploie, pour ainsi dire, sous la forme d’un nouveau paradigme envahi par de nouveaux principes. Sur cette base, l’idéologie politique prend fin pour faire place au regroupement tribal, conçu autour d’un individu, de sa région d’origine et parfois même avec une résilience religieuse. Cette communication se propose de faire une lecture philosophico-critique des enjeux et des défis actuels de la difficile marche de la démocratie en Côte d’Ivoire. L’asservissement idéologique aux référents identitaires, l’alibi des « avatars de l’État africain », l’embastillement constitutionnel de l’État refusant l’application démocratique, le repli identitaire, etc., conduisent à la désillusion d’un âge d’or démocratique ; plus fâcheusement, à l’idée d’une démocratie ivoirienne, atypique, qu’il importe de déconstruire.
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.
Titre du colloque :