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Abou Sangare : Université Alassane Ouattara
L’accession au pouvoir d’État, sa gestion et sa conservation ne sont pas œuvre d’anarchie. Elles obéissent à des principes et normes universels qu’impose la science même de l’État. Mais celui qui a des yeux pour voir, et qui sait, en toute humilité, s’abandonner à l’évidence des choses, s’aperçoit de lui-même, sans gros effort d’observation, que le jeu politique africain évolue. Non dans les canaux normatifs de la politique, mais dans ce que nous appelons la dialectique du canon, c’est-à-dire l’arbitraire des coups de feu. Une telle situation, propre aux modes despotiques d’exercice du pouvoir, et productrice de mal-être existentiel, interpelle tous les promoteurs de l’éthique des institutions et tous les chercheurs soucieux du développement de l’Afrique. Nous reconnaissant dans chacun de ces groupes, nous ne pouvions pas, face aux enjeux du 88e congrès de l'Acfas, jouer la carte de l’indifférence. C’est pourquoi nous nous engageons à poser, sous un autre angle, les causes du mal-être africain et à proposer les solutions pour y remédier. La question centrale qui soutiendra cet engagement sera formulée comme suit : comment faire entrer les pays africains dans les canaux républicains de l’exercice du pouvoir ? Notre position théorique préalable est que l’appropriation des canons de la dialectique peut être un moyen sérieux pour le réussir.
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.
Titre du colloque :