Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Akpa Akpro Franck Michael Gnagne : Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus (ITCJ)
Interroger en direction du temps n’est pas chose aisée. En effet, la question du temps est, sans ambages, l’une des préoccupations les plus complexes dans le champ de la pensée en général et de la philosophique en particulier. Et si le concept de 'temps' reste polémique et insaisissable, le 'temps' en tant que moment de l’Histoire peut être analysé, nous permettant de transformer le quotidien des Hommes. En effet, avec sa trilogie dimensionnelle (Passé, Présent, Futur), le temps nous confère des valeurs préventives, curatives et performatives qui guident, à l’image d’une boussole, le destin des Hommes et des peuples.
Les discours de Mandela et de Diakité, dont les contenus servent de corpus dans le cadre de cette contribution, attestent bien de ce fait : l’importance du temps, son poids dans l’histoire et la vie des Hommes, sa démarche en rapport avec l’avenir des peuples, de leur peuple, de leur continent : l’Afrique. C’est pourquoi ils lient le destin de l’Afrique au temps. Cette approche du temps, selon eux, permettra de préparer le temps de l’Afrique, le temps de sa gloire, de sa Renaissance. Sans ce préalable, il sera quasi impossible aux Africains d’aborder avec sérénité leur vie et leur avenir dans un monde devenu global. Pour qu’advienne le temps de l’Afrique, il faut l’Afrique du temps. L’Afrique et les Africains gagneraient à s’approprier le concept, la notion, l’idée du temps contenus dans ces discours, qui sonnent comme un appel.
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.
Titre du colloque :