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Ernest-Marie Mbonda : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Le mot «Ubuntu» vient des langues bantoues du sud de l'Afrique et est souvent rattaché à des expressions proverbiales comme « Motho ke motho ka batho ba bang » (en langue sotho) ou « Umuntu ngumuntu ngabantu » (en langues xhosa et zoulou), qui signifient respectivement : « Une personne est une personne à travers d'autres personnes » et « Je suis, parce que nous sommes ». Si la notion est ancienne (puisqu’elle fait partie des traditions de la plupart des sociétés africaines au sud du Sahara), si elle apparaît dans les sources écrites dès la moitié du XIXe siècle comme le montrent certains auteurs, c’est à partir des années 1990 qu’elle occupe une place de plus en plus importante dans les débats philosophiques sud-africains. On y voit la volonté d’enraciner la réflexion philosophique contemporaine dans la pensée traditionnelle africaine afin de décoloniser les approches dominantes et de proposer des analyses jugées plus adéquates des questions sociales, économiques, politiques et juridiques africaines. Mon objectif, en m’intéressant à ces travaux sud-africains sur l’Ubuntu, sera d’analyser, du point de vue de ses enjeux heuristiques et méthodologiques, l’apport d’une démarche « afrocentrique » (dans ce cas, centrée sur le concept « Ubuntu ») à la décolonisation de la philosophie et à la construction d’un espace de dialogue « inter-épistémique ».
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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