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Décoloniser les savoirs philosophiques : l'apport de la pensée féministe noire.

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Agnès Berthelot-raffard : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Née sur le plan théorique et analytique dans le courant du dix-neuvième siècle, dès ses origines, la pensée féministe noire états-unienne (Black Feminism) s’est présentée comme un puissant outil pour repenser les paradigmes épistémologiques par lesquels l’exclusion intellectuelle et sociale de certains individus était justifiée. Inscrivant son développement dans une épistémologie de la résistance par le savoir et la lutte, la pensée féministe noire états-unienne est, aujourd’hui, une théorie critique du monde social de premier plan notamment par son ancrage dans la sociologie de la connaissance et l’épistémologie sociale. Connue et envisagée comme une politique de l’identité, au plan théorique, dès les années 1980, la pensée féministe noire s’est largement développée bien hors les murs des départements d’études africaines et Africana. Cette théorisation critique offre de mieux comprendre les obstacles à l’égalité et à la liberté et de repenser les normes par lesquelles édifier une justice sociale valable pour tous les groupes opprimés. Pourtant la pensée féministe noire américaine n’a guère été mobilisée par d’autres penseurs aux objectifs similaires : les théoriciens de la justice libérale anglo-américains. En partant d’une réflexion sur l’oubli de la pensée féministe noire par les auteurs libéraux, ma communication soulignera l’apport de cette pensée pour décoloniser les savoirs philosophiques.

Résumé du colloque

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 5 mai 2021

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