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Généalogie de la « réconciliation extractiviste »

JD

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Jean-Philippe Desmarais : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

L’objet de cette présentation est l’articulation entre l’émergence de l’idéologie de la réconciliation dans les colonies antillaises au 16e siècle – repérable depuis l’œuvre de Bartolomé de Las Casas (1484-1566) – et la problématisation de la rentabilité de l’extractivisme minier qui était le mode d’accumulation colonial le plus intensément investi dès la « prise de terre » par Colomb au nom de l’Espagne en 1492.

La perspective développée, qui se situe dans une perspective analytique de la (dé)colonialité transaméricaine, est une ontologie historique de la biopolitique coloniale, concept qui médiatise la contradiction entre extractivisme et réconciliation. La méthodologie employée pour exécuter cette étude (qui forme un chapitre de mon mémoire : Généalogie de la réconciliation dans les Amériques) est une sociologie herméneutique, dont le travail d’interprétation passe par l’analyse d’un traité sur l’art de gouverner que Las Casas a écrit en 1516, le Memorial de remedios para las indias.

L’interprétation de ce texte sera en trois parties : 1) génocide colonial et invention du biopolitique moderne coloniale : utopie de coexistence paysanne et de métissage raciste-genré ; 2) dévoilement de la « face cachée » de la biopolitique/nécropolitique coloniale : la dystopie disciplinaire de l’extractivisme minier ; 3) redéfinition de la division racialisante du travail : le cas de la réduction à l’esclavagisme des Africains.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).

Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 5 mai 2021

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