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Leila Celis : UQAM - Université du Québec à Montréal
La production de cannabis en Colombie n’est pas nouvelle. Néanmoins, ce n’est qu’à partir de 2015 que sa culture et la commercialisation de ses dérivés ont été légalisées et réglementées. Par ailleurs, les prix internationaux du cannabis sont à la hausse depuis sa légalisation à des fins récréatives au Canada et ils promettent de garder cette tendance avec les perspectives de légalisation à l’intérieur des États-Unis et dans d’autres pays européens.
C’est dans ce contexte que le capital canadien fait son entrée dans l’agroindustrie du cannabis en Colombie. Alors que traditionnellement les compagnies canadiennes extractivistes ont été associés à l’exploitation minière et des hydrocarbures, depuis 2015, elles sont parmi les plus importants investisseurs dans l’agroindustrie du cannabis.
Les bas prix de production, les conditions géographiques favorables à la culture et la « disponibilité d’eau » sont parmi les principaux atouts qui attirent les investissements.
Dans cette communication, nous analyserons les conflits socioterritoriaux et économiques que provoque déjà le capital canadien dans le secteur : accaparement de terres et d’eau, monopole de licences et création de zones franches sont des problématiques qui s’ajoutent à celles déjà connues de monocultures agroindustrielles dont la menace à la production agraire et la dépendance économique. Nous voulons aussi interroger le rôle de l’industrie canadienne du cannabis dans les perspectives de la « fin du conflit » en Colombie.
Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).
Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.
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