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Francis Lareau : UQAM - Université du Québec à Montréal
Une des tâches importantes en philosophie est la lecture de textes pour en dégager les concepts. Notre objectif est d’explorer la possibilité d’une assistance computationnelle à cette tâche. Plus précisément, nous visons à identifier de manière computationnelle les extraits textuels traitant d’un concept particulier. À cet effet, la méthode classique est le concordancier, mais cette approche ne permet pas d’identifier les extraits où le concept n’est pas exprimé de manière canonique. Nous proposons une méthode que nous exemplifions en l'appliquant à un corpus constitué des 1668 articles de la revue Philosophiques, échelonnés sur 44 ans, soit depuis sa fondation en 1974 jusqu'à l'année 2018. Dans un premier temps, on reviendra sur les étapes préalables à toute analyse numérique : constitution du corpus, nettoyage, balisage et catégorisation des données, lemmatisation, etc. Puis nous appliquerons une méthode en trois moments. Premièrement, on décode le corpus en identifiant les extraits où le concept est exprimé de manière canonique. Ensuite, à l’aide d’une représentation de type doc2vec, on identifie les extraits les moins susceptibles d’exprimer le concept investigué. Enfin, on entraîne un classifieur binaire de type SVM afin d’identifier les extraits où le concept est exprimé de manière non canonique.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
Thème du colloque :