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Pierre Noreau : Université de Montréal
La sociologie de la justice et, plus largement, l’étude des tribunaux font systématiquement se confronter les exigences du doute et de la vérité. Cette opposition rend suspecte la prétention des chercheurs à expliquer empiriquement le fonctionnement de l’institution judiciaire, que cette ambition soit fondée sur l’étude des conditions matérielles et relationnelles de l’activité judiciaire, sur ses idéologies de référence ou sur ses contradictions et ses opacités. S’y confrontent les épistémologies opposées du dévoilement et du secret (le for intérieur, l’intime conviction, la réserve), de l’analytique (de ce qui est réellement fait) et de la normativité (de ce qu’on prétend y faire), des impératifs de la critique et de la légitimité, de la subjectivité de l’expérience et de la rationalité formelle du droit, du monde vécu et du rituel sacré. Il s’ensuit que toute recherche à prétention explicative ou compréhensive constitue une menace. Ce sont ces tensions qu’on mettra en évidence, sans oublier toutefois que la sociologie est elle aussi traversée par des postulats chargés de certitudes… et de mystères.
Les tribunaux constituent une institution centrale depuis la différenciation des sphères sociales dans la modernité. En retour, l’autonomisation graduelle résultant de ce processus a induit une ambivalence croissante de l’institution judiciaire. D’un côté, les tribunaux ont été érigés en temples de la Justice, et les magistrats en gardiens du pouvoir de dire le Juste. D’un autre côté, les tribunaux et les magistrats semblent dépassés par les réalités que vivent les justiciables : sentiment d’incompétence juridique, méconnaissance du droit, incompréhension du langage juridique, méfiance vis-à-vis des professionnels du droit, autoreprésentation à la cour, recours aux médias sociaux pour dénoncer des injustices, etc. Cette ambiguïté entre l’idéal et le réel porte à penser que les tribunaux sont un remarquable révélateur des transformations juridiques et des changements sociaux qui caractérisent les sociétés contemporaines.
En dépit de l’absence quasi totale de données publiques précises et fiables (en particulier de statistiques) sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, force est de reconnaître que de plus en plus de travaux en sciences humaines et sociales au Québec érigent en objet de recherche les tribunaux (leurs modes d’organisation, les processus qui s’y déroulent, les pratiques qu’ils occasionnent, les acteurs qui s’y activent, les dispositifs alternatifs qui se substituent à eux, etc.). D’où l’intérêt de prendre acte des recherches produites à propos et autour de cet objet. Cinq axes structurent le colloque proposé : 1) quels sont les thèmes qui retiennent l’attention des chercheurs en sciences humaines et sociales? 2) quels terrains empiriques investissent-ils pour les explorer? 3) quels concepts et quelles méthodes mobilisent-ils? 4) quels sont les apports de ces recherches à la compréhension du monde juridique et du monde social? et 5) quelles sont les perspectives de recherche en sciences humaines et sociales concernant les tribunaux?
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