Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Marie Laplante-Anfossi : UQAM - Université du Québec à Montréal
La philosophie médiévale est souvent abordée, autant dans l’étude que dans l’enseignement, par la scolastique, c’est-à-dire qu’elle se connaît dans ses développements universitaires. Or, nous savons maintenant qu’une philosophie laïque, en langue vulgaire, se pratiquait aux XIIIe et XIVe siècles et qu’elle entretenait des liens dynamiques avec le milieu savant. Cette communication se propose donc de mettre en lumière la perspective d’un philosophe laïc de cette période, Dante Alighieri (1265-1321), d’expliciter ses lieux et ses publics, pour tenter de saisir la teneur de l’enseignement de la philosophie en marge des milieux savants. Il s’agira également de montrer ses interactions avec les philosophes universitaires, leurs convergences et leurs désaccords. Pour ce faire, des liens seront tissés avec la pensée d’Eckhart de Hoccheim (1260-1328), contemporain de Dante, maître de théologie à l’Université de Paris y ayant obtenu deux régences, qui amorça un dialogue avec les milieux profanes : il est en effet le premier maître à prêcher en langue vulgaire à un public non-universitaire le savoir développé dans un contexte scolastique. En bref, l’objectif de cette communication est de donner une voix à la philosophie développée en marge des universités sans toutefois leur être étrangère, enseignée par et/ou pour des laïcs en langue vulgaire et d’éclairer, dans la mesure du possible, les motivations à rendre le savoir accessible.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
Titre du colloque :