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Michel Vidal : L'Institut Agro Montpellier
Dans le traitement didactique des Questions Socialement Vives (QSV), l’émotion est jugée ambivalente, à la fois source de motivation et possible frein à l’apprentissage. Nous proposons de changer la dimension affective de perspective et d’inscrire le ressenti corporel (felt sense) comme une source d’apprentissage dont l’émotion serait une composante. Le considérer comme un savoir suppose d’accéder à sa signification. Gendlin (1962) suggère une approche psycho-corporelle, le focusing, qui fait dialoguer le ressenti, l’imaginaire et la rationalité. Nous en interrogeons sa dimension heuristique pour traiter d’une QSV. Le ressenti corporel éclairé par le focusing est-il susceptible de nourrir les pensées critique, créative et attentive ? Deux stratégies didactiques sont proposées à des étudiants de niveau licence. La première les invite à un focusing sur la QSV relative au compostage humain, la seconde combine l’approche CLIM (cooperative learning in multicultural groups) et un focusing sur la question de l’élevage d’animaux de production. A l’issue des deux approches, un entretien d’explicitation est proposé à 8 étudiants. Le focusing nourrit la pensée créative générant surprise et auto-transcendance, la pensée attentive en favorisant un sentiment de reliance à soi, à d’autres êtres humains et à la nature. Il peut empêcher une pensée critique si il dévoile une émotion négative ou au contraire la favoriser dans la résolution de dilemmes.
Depuis les années 1990, une partie de la recherche internationale en éducation s’interroge sur ce que suppose, dans les pratiques d’éducation formelle et non formelle, la prise en charge de controverses socioscientifiques, en considérant notamment les questions de santé, d’environnement, de biodiversité et de développement durable.
Les questionnements ont porté en particulier sur : a) les défis à relever pour que l’enseignement des controverses trouve une place dans un enseignement traditionnellement tourné vers les savoirs stabilisés, notamment en classe de sciences; b) la diversité de significations associées au concept de controverse; c) la diversité et la complexité des savoirs en jeu (savoirs savants, savoirs éthiques, savoirs expérientiels, vernaculaires, etc.); d) des liens entre la problématisation induite par les controverses socioscientifiques, d’une part, et l’apprentissage de savoirs induits par l’argumentation, d’autre part; et e) l’importance d’autres éléments sociocognitifs (croyances, émotions, valeurs, champs d’intérêt, enjeux identitaires) qui contribuent à la construction des opinions et à l’exercice réel d’une citoyenneté scientifique.
Ces questionnements nécessitent aujourd’hui un partage des concepts et des résultats, mais également des méthodes éducatives, s’appuyant le plus possible sur des retours d’expériences à la fois pédagogiques, didactiques, sociologiques et communicationnelles.
Dix ans après l’ouvrage Enseigner les controverses de Virginie Albe (2009) et alors que Jean Simonneaux (2019) vient de coordonner un ouvrage sur la démarche d’enquête comme contribution à la didactique des questions socialement vives, ce colloque francophone international se propose de regrouper une partie des chercheurs et des éducateurs qui travaillent sur les enjeux, les défis et les méthodes liés au traitement de controverses socioscientifiques, quels que soient les contextes (éducation formelle ou non formelle) et l’âge des publics (enfants, adolescents, adultes).