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Isabelle Mathieu : Université de Bourgogne
Depuis son apparition, la pandémie n’a cessé de bousculer le rite électoral, imposant son propre rythme au calendrier politique préétabli, dénaturant les campagnes électorales, perturbant les opérations de vote : avec un premier confinement qui est venu s’intercaler entre les deux tours des élections municipales en 2020 ; une menace de reconfinement qui a contraint à reporter de six mois les élections départementales et régionales, lesquelles viennent maintenant se heurter à la campagne qui s’ébauche déjà pour la séquence des « élections-mères » que sont la présidentielle et les législatives, prévues pour le printemps 2022. Cette communication se propose d’analyser comment la pandémie de Covid 19 affecte le vote dans sa dimension rituelle. En tant que rite instituant, au cours duquel le corps social désigne en son sein ses représentants, l’élection politique peut être lue comme un processus liminal qui distingue les gouvernants des gouvernés. Les perturbations temporelles et matérielles que la pandémie provoque dans le déroulement de ce rituel invitent à explorer la dimension communicationnelle du vote. Nous l’observerons à travers l’analyse des élections municipales du printemps 2020.
La pandémie n’a pas provoqué seulement l’interruption de la vie sociale dans ses manifestations usuelles, ni seulement une concentration familiale, avec la réclusion et le confinement. La pandémie fonctionne comme un « révélateur » de la situation réelle de nos sociétés, du plan politique plus large à celui des convictions privées, comme les croyances religieuses. Les rites sont au cœur de processus à un double titre : en tant que pratiques sociales, les rites ont été interrompus, voire mis en pause; mais en tant que pratiques symboliques, leur fragilité et leur force, leur infirmité et leur utilité ont été mises au clair, notamment sur trois plans : celui de la relation entre le pur et l’impur qui caractérisait les sacrifices; celui du degré de définition et de délimitation des rites en tant que pratiques sociales et symboliques, c’est-à-dire, dans la terminologie de Victor Turner, l’aspect de la « liminalité »; et celui de l’horizon utopique et du sens du temps, comprimé dans une sorte de corrélation avec le confinement spatial. La pandémie a ainsi bouleversé des aspects rituels largement oubliés dans le contexte de la modernité et de la postmodernité. Cette situation oblige, par conséquent, à revenir sur ces dimensions d’un point de vue critique; un point de vue ethnologique, herméneutique (historique, socioreligieux) et symbolique.