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Mircea Vultur : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Au Québec, la proportion des travailleurs détenant un diplôme universitaire a presque doublé depuis 1990, passant de 13,3% à plus de 25%. Cette situation a généré un phénomène de surqualification, alors que le tiers de la main-d’oeuvre a un niveau de formation supérieur à celui normalement requis pour l’emploi occupé. Notre communication présentera le résultats d’une enquête auprès de 32 diplômés de cinq universités québécoises en situation de surqualification, interrogés quatre ou cinq ans après leur diplomation. L’analyse fait ressortir des changements dans leur vie au travail et hors travail. Le décalage entre les attentes formées durant la formation universitaire et la réalité du marché du travail provoque chez les diplômés un choc qui se répercute sur leur santé et leur bien-être général. La santé psychologique s’est révélée particulièrement affectée par les situations vécues de surqualification: insatisfaction; déception; anxiété; isolement; insomnie; remises en question; perte d’estime de soi; changements dans l’humeur allant jusqu’à la dépression. Ces constats portent à croire que certains diplômés universitaires ne sont pas suffisamment préparés pour faire face à un marché de l’emploi de plus en plus compétitif, qui relègue une importante proportion d’entre eux en situation de surqualification, et qu’ils vivent difficilement la contradiction entre leur mode de pensée de type méritocratique et l’impuissance de se réaliser pleinement sur le plan professionnel.
Si le passage à l’âge adulte constitue en soi un processus d’autonomisation, l’autonomie constitue plus que jamais un enjeu clé dans les parcours des jeunes. D’un côté, injonction issue des paradigmes managériaux traversant tout autant le système de production que les politiques publiques, l’autonomie devient une exigence omniprésente pour construire de manière socialement légitime son cheminement. De l’autre côté, le décalage entre les attentes des jeunes dans différentes sphères de vie (que ce soit le travail, la formation, le logement, la famille, l’engagement dans sa communauté) et les réelles possibilités de les combler encourage parfois les jeunes à défier les normes sociales dominantes et à défendre leur autonomie individuelle et culturelle à l’heure de construire leur parcours. Entre injonction à la production et revendication d’épanouissement, l’autonomie est au foyer de tensions qui se répercutent sur le mieux-être des jeunes et leur santé mentale : troubles de l’attention, épuisement, technostress, solitude, colère, démobilisation, sentiment de vulnérabilité au travail, détachement de la communauté, etc. Ces tensions, souvent vécues individuellement, voire dans l’isolement, soulèvent par ailleurs l’enjeu de la responsabilité collective, et de la qualité et de l’adéquation des réponses institutionnelles qui sont offertes : manque de ressources, racisme institutionnel et méconnaissance des réalités spécifiques de la part des intervenants. C’est dans ce contexte de tension que ce colloque souhaite réunir des contributions issues d’une variété de disciplines et d’approches analytiques pour éclairer la question de l’autonomie et mettre en évidence tant la diversité des conditions regroupées sous la catégorie « jeunes » que les inégalités sociales affectant le passage à l’âge adulte selon les régions, la situation socioéconomique, la situation familiale, l’identité de genre, l’appartenance culturelle et l’origine ethnique, entre autres.
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