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Youldé Stéphane Dahé : Université Alassane Ouattara
Autrefois perçu comme un impérialisme conquérant par lequel la nation s’agrandissait par l’annexion des espaces nouveaux au détriment d’autres nations, le nationalisme, depuis les grandes évolutions contemporaines du système international marqué par la mondialisation, connaît une remise en cause. Mais cette attitude est subjective, car les réalités socio-politiques démontrent non seulement qu’il est loin d’avoir disparu, mais aussi qu'il joue d’avantage un rôle déterminant dans la naissance des nations. Il a donc simplement changé de champ lexical, s’est mué en néo-nationalisme, auquel est rattaché un principe nouveau qui consiste à faire une expérience dont la synthèse implique une révolution de l’esprit. Cette révolution fait appel à l’amour véritable de la nation, celui qui se présente désormais comme une idéologie conditionnant l’agir social, capable de révolutionner l’esprit. C’est un néo-nationalisme créatif, qui mise sur la recherche d’une identité nationale forte, le consentement du vivre ensemble et la volonté de continuer à faire valoir l’héritage commun. Perçu sous cet angle, le néo-nationalisme semble s’opposer à la mondialisation qui se présente comme le processus de mise ensemble du monde, un processus prônant le rapprochement des nations pour former un tout commun.
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.
Titre du colloque :