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Les humanités numériques et la philosophie

JM

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Jean-Guy Meunier : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Plusieurs historiens des sciences et épistémologues ont souligné la modification profonde qu'amène l'informatique, tant sur l'objet d'étude que sur la méthodologie. Les sciences humaines faisant appel à l'interprétation subissent cette influence. Pensons aux domaines suivants : histoire, politique, société, culture, communications, littérature, esthétique, voire religion. De cet impact profond est née une discipline autonome : les humanités numériques. Elle vise l'assistance informatique dans la démarche interprétative des artefacts sémiotiques, et son objet d’études est souvent de nature textuelle. Cette assistance a commencé par la construction de bases de données, vite devenues massives. Elle utilise aujourd'hui une panoplie d'outils computationnels sophistiqués, tels la fouille, l’analyse, la diffusion. Elle intègre aussi des approches de type intelligence artificielle pour explorer le contenu discursif des textes et effectuer des analyses complexes. Ainsi, l’informatique modifie profondément le travail sur les textes. Mais il ne devient pas automatique pour autant, et le fin mot de l’interprétation est laissé au lecteur expert. Le niveau théorique des textes philosophiques explique probablement pourquoi notre discipline tarde à intégrer les humanités numériques. Mais la diversification et la complexification des modèles computationnels appellent de nouveaux projets de recherche, et la démarche interprétative de la philosophie ne peut échapper à cet impact.

Résumé du colloque

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 5 mai 2021

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