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Mélisande Séguin : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’extractivisme est un système économique qui a accompagné le projet impérialiste du droit international lors de l’entreprise coloniale européenne. La plupart des populations impliquées dans les conflits avec des entreprises extractivistes vivent sur des territoires non cédés ou dans des pays ayant subi la colonisation. Conséquemment, de multiples oppressions à l’égard des femmes s’entrecroisent dans l’extractivisme. Ce système cause l’altération de la relation entre les femmes, leur territoire et leurs corps. Catherine Larrère nomme ceci « logique de la domination » : dans l’extractivisme, on domine simultanément le corps des femmes et la nature. Pour le collectif Miradas feministas, l’extractivisme est une violence dirigée contre les espaces de reproduction de la vie, qu’il s’agisse du corps des femmes ou de la nature. Face à cette violence, les femmes - principalement autochtones - se retrouvent souvent au front des luttes contre l’extractivisme et doivent déployer de multiples stratégies de résistance. Celles-ci se mobilisent notamment par le biais de rencontres internationales de concertation. Ces initiatives sont des lieux d’échanges et de planification importants pour ces femmes qui sont souvent exclues des espaces décisionnels juridiques et politiques. Ainsi, nous nous demanderons si ces lieux, en marge des paradigmes de savoirs occidentaux, constitueraient des espaces décisionnels et de création normative fondés sur les expériences de ces femmes.
Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).
Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.
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