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Jérôme Gosselin-Tapp : Queen's University
Cette conférence vise à initier une réflexion de nature méthodologique entourant la pratique du dialogue interculturel en philosophie politique appliquée. L’objectif est de préciser le rôle du philosophe politique, de même que les limites de son champ de légitimité, tant sur le plan théorique qu’en tant qu’acteur participant concrètement au débat public, et ce, plus particulièrement dans les contextes postcoloniaux. Cet exposé emprunte plus précisément l’idée d’humilité épistémique, thématisée à la fois à partir des écrits tardifs de John Rawls et des travaux de James Tully, pour définir et encadrer deux principales fonctions du philosophe politique. D’une part, ce principe vient teinter la dimension herméneutique que requiert le rôle de courroie de transmission et de traducteur que doit jouer le philosophe politique dans le cadre du dialogue interculturel. Une telle posture interprétative implique notamment une profonde redéfinition de certaines notions parfois fondamentales du langage politique. D’autre part, cette même idée d’humilité épistémique permet de mieux circonscrire la dimension prescriptive de la philosophie politique. Par le biais notamment de la méthode rawlsienne de l’équilibre réfléchi, il s’agit ultimement de substituer à la pure spéculation un mode de réflexion en philosophie politique pouvant jouer le rôle de potentiel vecteur de consensus dans le débat public.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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