Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Mylène Lafrenière Abel : UQAM - Université du Québec à Montréal
En vertu d’une Loi adoptée par l’Assemblée nationale le 8 décembre 2017, chaque établissement d’enseignement supérieur de la province devait se doter, avant le premier janvier 2019, d’une politique ayant pour objectif de prévenir et combattre les violences à caractère sexuel (VACS). Mon projet de recherche vise à analyser ces nouvelles politiques, entrées en vigueur en septembre 2019, à partir d’une grille d’analyse centrée sur le point de vue des groupes étudiants et des groupes représentants les personnes survivantes de VACS. La construction de cette grille est le fruit d’un travail de consultation de documents et de rapports produits par ces groupes afin d’y faire ressortir les éléments que devrait contenir une politique qui permet aux personnes plaignantes d’obtenir justice dans le cadre du processus de signalement et de plaintes. Dans le cadre de cette présentation, je présenterai les résultats de mon travail d’analyse des 18 politiques provenant des établissements d’enseignement de niveau universitaire soumis à la Loi, en accordant une attention particulière à trois thèmes d’intérêt : 1) l’approche féministe des VACS; 2) l’analyse intersectionnelle des VACS ainsi que 3) la notion d’équité procédurale.
Les violences sexuelles sont prévalentes auprès des populations universitaires en Amérique du Nord et en Europe, en plus d’être associées à des conséquences néfastes. L’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) a permis d’établir un portrait des violences sexuelles (VS) se déroulant en contexte universitaire québécois en s’appuyant sur une définition large des différentes formes de VS, incluant notamment le harcèlement sexuel, les comportements sexuels non désirés et la coercition sexuelle. Sur les 9284 personnes ayant répondu au questionnaire en ligne, 36,9 % ont rapporté avoir subi au moins une forme de VS en milieu universitaire, depuis leur entrée à l’université, commise par une autre personne affiliée à cette université. Certains groupes sociaux sont davantage victimisés : les femmes (40,6 %), les étudiant.e.s de l’international (41,6 %) et les individus issus de minorités sexuelles (49,2 %) et de genre (55,7 %) (Bergeron et al., 2016). En France, en 2015, l’enquête Violences et rapports de genre (Virage) est réalisée avec le but de documenter les violences sexuelles subies par la population française au cours de leur vie. Dans le cadre de cette enquête, l’Institut national d’études démographiques (INED) lance une enquête complémentaire (Virage-Universités) pour comprendre l’ampleur des violences et des discriminations existantes en milieu universitaire. Sur les 6648 étudiant.e.s ayant répondu au questionnaire en ligne, un total de 1882 étudiant.e.s ont déclaré avoir subi au moins un fait de violence (psychologique, physique ou sexuelle) au cours des 12 mois précédant l’étude. L’enquête a aussi démontré que la nature des violences subies n’est pas la même selon le genre : les étudiantes sont plus touchées par des propos et attitudes à caractère sexuel, tandis que les étudiants mentionnent plus fréquemment des faits de violence psychologique (Lebugle et al., 2018).