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Sandrine Ricci : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans les milieux d’enseignement supérieur comme dans d’autres espaces sociaux, la violence sexuelle se révèle avec force, incluant par le biais des enquêtes quantitatives. Nombre de spécialistes considèrent toutefois que ce travail de preuve statistique – généralement obligatoire pour engager l'action publique, n’expose que la pointe de l’iceberg. Basés sur des données policières ou autodéclarées, les chiffres de la victimisation peuvent voiler le décalage encore irrésolu entre la quantification de la violence sexuelle et sa réalité empirique. Depuis une perspective sociologique, cette communication revient sur les enjeux théoriques et pratiques que recèlent notamment les « logiques d’empêchement » de la déclaration aux autorités par les victimes de violence sexuelle (Jérome, 2019). Les pistes soulevées en mobilisant la notion de culture du viol devraient permettre de mieux comprendre le non-signalement et le fait que des femmes ne reconnaissent pas comme telles les violences subies.
Les violences sexuelles sont prévalentes auprès des populations universitaires en Amérique du Nord et en Europe, en plus d’être associées à des conséquences néfastes. L’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) a permis d’établir un portrait des violences sexuelles (VS) se déroulant en contexte universitaire québécois en s’appuyant sur une définition large des différentes formes de VS, incluant notamment le harcèlement sexuel, les comportements sexuels non désirés et la coercition sexuelle. Sur les 9284 personnes ayant répondu au questionnaire en ligne, 36,9 % ont rapporté avoir subi au moins une forme de VS en milieu universitaire, depuis leur entrée à l’université, commise par une autre personne affiliée à cette université. Certains groupes sociaux sont davantage victimisés : les femmes (40,6 %), les étudiant.e.s de l’international (41,6 %) et les individus issus de minorités sexuelles (49,2 %) et de genre (55,7 %) (Bergeron et al., 2016). En France, en 2015, l’enquête Violences et rapports de genre (Virage) est réalisée avec le but de documenter les violences sexuelles subies par la population française au cours de leur vie. Dans le cadre de cette enquête, l’Institut national d’études démographiques (INED) lance une enquête complémentaire (Virage-Universités) pour comprendre l’ampleur des violences et des discriminations existantes en milieu universitaire. Sur les 6648 étudiant.e.s ayant répondu au questionnaire en ligne, un total de 1882 étudiant.e.s ont déclaré avoir subi au moins un fait de violence (psychologique, physique ou sexuelle) au cours des 12 mois précédant l’étude. L’enquête a aussi démontré que la nature des violences subies n’est pas la même selon le genre : les étudiantes sont plus touchées par des propos et attitudes à caractère sexuel, tandis que les étudiants mentionnent plus fréquemment des faits de violence psychologique (Lebugle et al., 2018).