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Penser la mort et la mélancolie : Spinoza et Freud

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Syliane MALINOWSKI-CHARLES : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

En recommandant au sage de « ne penser à rien moins qu’à la mort » (EIVP67S), Spinoza reconnaît le caractère impossible et destructeur pour l’individu de concevoir sa propre mort parce qu’il est fondamentalement animé par la volonté de vivre. La mort propre représente donc à proprement parler un indicible et un impensable pour Spinoza. De même, la pensée de la mort des autres s’accompagne d’une très grande tristesse, susceptible d’entraîner de la « mélancolie ». Le but de cette communication est de penser cet affect de melancholia chez Spinoza, passion « directement mauvaise » (E IVP42) où règne la « mésestime de soi » (abjectio), à la lumière de la psychologie freudienne. En effet, dans Deuil et mélancolie (1915), Freud affirme que le deuil et la mélancolie se distinguent seulement au niveau des symptômes par la présence, dans cette dernière, d’un manque d’estime de soi. En analysant la parenté étonnante de ces conceptions, cette communication alliant psychologie et philosophie moderne nous invitera donc à nous pencher sur les affects qui accompagnent le vécu affectif d’un des plus grands impensables de la philosophie.

Résumé du colloque

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 5 mai 2021

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