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Jean-Luc Bouillon : Université Rennes 2 - Laboratoire PREFICS - France
La télémédecine (téléconsultation, télé-diagnostic, télésurveillance…) vise à structurer les relations entre les différents acteurs du système de soin (Mathieu-Fritz & Gaglio, 2018), médecins, personnels infirmiers, professions para-médicales, organisations de soin, et bien sûr les patients et leur entourage (Salmon & Le Tallec, 2014 ; Mayère, 2014, 2018). Elle participe des programmes de rationalisation des systèmes de santé.
En nous appuyant sur une analyse de corpus relative aux projets de télémédecine en France ainsi que sur une étude qualitative exploratoire portant sur des expériences en région Bretagne et Polynésie Française, nous proposons d’analyser la façon dont le développement de la télémédecine questionne les situations de soin, c'est-à-dire les espaces sociaux où se mêlent acteurs, objets, techniques (Simon, 2017), éléments sensibles (au premier rang desquels les corps soignants et soignés). Faite d’épisodes localisés, une situation est aussi dislocale (Cooren, Robichaud, 2006 ; Cooren, 2010) : elle mobilise des êtres, des choses et des idées qui se situent dans d’autres lieux et d’autres moments temporels. Elle intègre également différents niveaux de généralité, mêlant l’horizontalité des activités avec des cadres organisationnels structurés (institutions, cadre règlementaire), des discours, des logiques gestionnaires.
Nous proposerons un cadre d’analyse des situations de soin et des difficultés de construction de l’action collective qui les caractérisent.
L’accès de plus en plus facile à de l’information de plus en plus spécialisée, le développement de technologies aux capacités d’intégration et de mise en réseau, et les attentes croissantes en matière de rapidité et d’individualisation des soins sont autant d’éléments qui soutiennent la transition numérique du secteur de la santé.
Dans un travail de rationalisation classique des processus de santé, il s’agit d’intégrer individus et objets techniques dans des écosystèmes de plus en plus vastes et perméables. Se posent alors les questions d’optimisation des parcours et des procédures, avec l’aide de la distribution et du partage des données. Sur un plan technique, nous pouvons nous interroger sur le développement d’applications et de logiciels avec de grandes capacités de connexion et de mise en réseau. Sur un plan organisationnel, la question de la transformation des métiers et de la réingénierie des processus se pose. Sur un plan relationnel, il faut reconnaître également la transformation des relations dans les trajectoires de santé.
Ces trois aspects convergent vers une redéfinition des rôles (personnel soignant, patients experts, tiers aidants, etc.) et des attentes des patients et de leurs proches, ainsi que des espaces où s’articulent ces relations (extension et porosité des organisations de santé par le développement du dossier patient numérique et de l’« e-santé », sous l’influence de la télémédecine, du Web social, de l’internet des objets, etc.).
Ce colloque se veut l’occasion de poursuivre les réflexions sur les transformations dans les trajectoires de maladie en matière d’espaces (organisations, communautés en ligne), de processus (changement organisationnel, trajectoires de maladie et de soin) et de relations (relation soignant-soigné, place des tiers aidants, reconfigurations de l’expertise, etc.) en lien avec la numérisation de la société.
Titre du colloque :